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Thème 2 — Espaces de Hilbert et notations de Dirac

Opérateurs de la forme ket-bra

Mots-clés: notation de Dirac · ket-bra · opérateur de rang un · adjoint · trace · valeurs propres · opérateur normal

Exercice 1 : Opérateurs de la forme ket-bra

On travaille dans C3\C^3 muni de sa base canonique orthonormée, et l'on considère les deux vecteurs normalisés

∣u⟩=12(1i0),∣v⟩=12(011),\ket u=\frac{1}{\sqrt2}\begin{pmatrix}1\\ i\\0\end{pmatrix},\qquad \ket v=\frac{1}{\sqrt2}\begin{pmatrix}0\\1\\1\end{pmatrix},

ainsi que l'opérateur A^=∣u⟩⟨v∣\hat A=\ket u\bra v, qui agit par A^∣w⟩=⟨v|w⟩ ∣u⟩\hat A\ket w=\braket vw\,\ket u.

Question 1
Écrire la matrice de A^\hat A. Déterminer son image, son noyau et son rang.

Solution
La matrice de ∣u⟩⟨v∣\ket u\bra v est le produit du vecteur colonne ∣u⟩\ket u par le vecteur ligne ⟨v∣=12(0,1,1)\bra v=\frac{1}{\sqrt2}(0,1,1) :

A=12(1i0)(011)=12(0110ii000).\begin{aligned} A=\frac12\begin{pmatrix}1\\ i\\0\end{pmatrix}\begin{pmatrix}0&1&1\end{pmatrix}=\frac12\begin{pmatrix}0&1&1\\0&i&i\\0&0&0\end{pmatrix}. \end{aligned}

D'après A^∣w⟩=⟨v|w⟩∣u⟩\hat A\ket w=\braket vw\ket u, tout vecteur image est proportionnel à ∣u⟩\ket u : l'image est la droite engendrée par ∣u⟩\ket u, et le rang vaut 11. Le noyau est l'ensemble des vecteurs orthogonaux à ∣v⟩\ket v, c'est-à-dire le plan d'équation w2+w3=0w_2+w_3=0, de dimension 22, conformément au théorème du rang.

Question 2
Déterminer l'opérateur adjoint A^†\hat A^\dagger. À quelle condition un opérateur ∣a⟩⟨b∣\ket a\bra b, avec ∣a⟩\ket a et ∣b⟩\ket b non nuls, est-il auto-adjoint ?

Solution
Pour tous ∣w⟩\ket w, ∣z⟩\ket z, on a ⟨w|A^z⟩=⟨v|z⟩⟨w|u⟩\braket{w}{\hat A z}=\braket vz\braket wu. L'opérateur ∣v⟩⟨u∣\ket v\bra u vérifie ⟨(∣v⟩⟨u∣)w|z⟩=⟨u|w⟩∗⟨v|z⟩=⟨w|u⟩⟨v|z⟩\braket{(\ket v\bra u)w}{z}=\braket uw^*\braket vz=\braket wu\braket vz, ce qui est la même quantité. Ainsi

A^†=∣v⟩⟨u∣,A†=12(0001−i01−i0),\begin{aligned} \hat A^\dagger=\ket v\bra u, \qquad A^\dagger=\frac12\begin{pmatrix}0&0&0\\1&-i&0\\1&-i&0\end{pmatrix}, \end{aligned}

qui est bien la transposée conjuguée de AA. Plus généralement, (∣a⟩⟨b∣)†=∣b⟩⟨a∣(\ket a\bra b)^\dagger=\ket b\bra a. L'opérateur ∣a⟩⟨b∣\ket a\bra b est donc auto-adjoint si et seulement si ∣a⟩⟨b∣=∣b⟩⟨a∣\ket a\bra b=\ket b\bra a. En appliquant les deux membres à ∣a⟩\ket a, on obtient ⟨b|a⟩∣a⟩=∥a∥2∣b⟩\braket ba\ket a=\norm a^2\ket b, donc ∣b⟩\ket b est proportionnel à ∣a⟩\ket a : ∣b⟩=λ∣a⟩\ket b=\lambda\ket a. L'égalité devient alors λ∗∣a⟩⟨a∣=λ∣a⟩⟨a∣\lambda^*\ket a\bra a=\lambda\ket a\bra a, d'où λ\lambda réel. Un ket-bra est auto-adjoint si et seulement si les deux vecteurs sont proportionnels avec un coefficient réel ; c'est le cas des projecteurs ∣a⟩⟨a∣\ket a\bra a.

Question 3
Calculer A^2\hat A^2 et tr⁡A^\tr\hat A. Vérifier sur la matrice.

Solution
En utilisant l'associativité du produit,

A^2=∣u⟩⟨v|u⟩⟨v∣=⟨v|u⟩ A^.\hat A^2=\ket u\braket vu\bra v=\braket vu\,\hat A .

Or ⟨v|u⟩=12(0⋅1+1⋅i+1⋅0)=i2\braket vu=\frac12(0\cdot1+1\cdot i+1\cdot0)=\frac i2, donc A^2=i2A^\hat A^2=\frac i2\hat A. Pour la trace, on utilise une base orthonormée quelconque (∣ek⟩)(\ket{e_k}) :

tr⁡A^=∑k⟨ek|u⟩⟨v|ek⟩=∑k⟨v|ek⟩⟨ek|u⟩=⟨v|u⟩=i2,\tr\hat A=\sum_k\braket{e_k}{u}\braket{v}{e_k}=\sum_k\braket{v}{e_k}\braket{e_k}{u}=\braket vu=\frac i2,

grâce à la relation de fermeture ∑k∣ek⟩⟨ek∣=1\sum_k\ket{e_k}\bra{e_k}=\mathbf{1}. Sur la matrice, la somme des éléments diagonaux vaut bien 12(0+i+0)=i2\frac12(0+i+0)=\frac i2, et l'on vérifie aussi que A2=i2AA^2=\frac i2A par un calcul direct.

Question 4
Déterminer les valeurs propres et les sous-espaces propres de A^\hat A. L'opérateur est-il diagonalisable ? Ses vecteurs propres sont-ils orthogonaux ?

Solution
Le noyau, de dimension 22, est le sous-espace propre associé à la valeur propre 00. Par ailleurs, A^∣u⟩=⟨v|u⟩∣u⟩=i2∣u⟩\hat A\ket u=\braket vu\ket u=\frac i2\ket u : ∣u⟩\ket u est vecteur propre de valeur propre i2\frac i2. Comme i2≠0\frac i2\neq0, on dispose de 2+1=32+1=3 vecteurs propres indépendants, et A^\hat A est diagonalisable. Mais ses vecteurs propres ne sont pas orthogonaux : par exemple, ∣u⟩\ket u n'est pas orthogonal au vecteur (1,0,0)(1,0,0) du noyau, puisque leur produit scalaire vaut 12\frac{1}{\sqrt2}.

C'est cohérent avec le théorème spectral : une base orthonormée de vecteurs propres n'existe que pour un opérateur normal, A^A^†=A^†A^\hat A\hat A^\dagger=\hat A^\dagger\hat A. Or A^A^†=∣u⟩⟨v|v⟩⟨u∣=∣u⟩⟨u∣\hat A\hat A^\dagger=\ket u\braket vv\bra u=\ket u\bra u, tandis que A^†A^=∣v⟩⟨u|u⟩⟨v∣=∣v⟩⟨v∣\hat A^\dagger\hat A=\ket v\braket uu\bra v=\ket v\bra v : ces deux projecteurs sont différents, et A^\hat A n'est pas normal.