Thème 2 — Espaces de Hilbert et notations de Dirac
Projecteur orthogonal sur un plan
Mots-clés: projecteur orthogonal · sous-espace · Gram-Schmidt · projecteur complémentaire · distance à un sous-espace · meilleure approximation
Exercice 1 : Projecteur orthogonal sur un plan
Dans R3, vu comme sous-espace réel de C3 muni du produit scalaire usuel, on considère le plan F engendré par les vecteurs ∣a⟩=(1,−1,0) et ∣b⟩=(1,0,−1), ainsi que le vecteur unitaire ∣n⟩=31(1,1,1).
Question 1
Construire une base orthonormée (∣e1⟩,∣e2⟩) de F, puis la matrice du projecteur orthogonal P^=∣e1⟩⟨e1∣+∣e2⟩⟨e2∣ sur F.
Solution
Les vecteurs ∣a⟩ et ∣b⟩ ne sont pas orthogonaux, puisque ⟨a∣b⟩=1. On applique le procédé de Gram-Schmidt. D'abord ∣e1⟩=21(1,−1,0). Ensuite, ⟨e1∣b⟩=21, et
∣b⟩−⟨e1∣b⟩∣e1⟩=(1,0,−1)−21(1,−1,0)=(21,21,−1),
de norme 3/2, d'où ∣e2⟩=61(1,1,−2). Les matrices des deux projecteurs de rang un sont
Vérifier que P2=P,P†=P et trP=2. Calculer P∣n⟩, et montrer que P=1−∣n⟩⟨n∣. Interpréter.
Solution
La matrice P est réelle et symétrique, donc P†=P. Sa trace vaut 31(2+2+2)=2, la dimension de F. Pour le carré, on calcule par exemple le premier coefficient : 91(2⋅2+(−1)(−1)+(−1)(−1))=96=32, et le second : 91(2⋅(−1)+(−1)⋅2+(−1)(−1))=−93=−31 ; les autres coefficients s'en déduisent par symétrie, et P2=P. On peut aussi l'obtenir sans calcul, à partir de ⟨ei∣ej⟩=δij.
Les vecteurs ∣a⟩ et ∣b⟩ sont orthogonaux à ∣n⟩, puisque la somme de leurs composantes est nulle : F est le plan orthogonal à ∣n⟩. On vérifie que P∣n⟩=331(2−1−1,...)=0. Or ∣n⟩⟨n∣=31J, où J est la matrice dont tous les coefficients valent 1, et 1−31J est exactement la matrice P. Le projecteur sur F est le projecteur complémentaire du projecteur sur la droite orthogonale : (∣e1⟩,∣e2⟩,∣n⟩) est une base orthonormée de R3, et la relation de fermeture s'écrit ∣e1⟩⟨e1∣+∣e2⟩⟨e2∣+∣n⟩⟨n∣=1.
Question 3
Calculer la projection orthogonale du vecteur ∣x⟩=(1,2,3) sur F, puis la distance de ∣x⟩ au plan F.
Solution
Le plus simple est d'utiliser P=1−∣n⟩⟨n∣. On a ⟨n∣x⟩=31(1+2+3)=36, d'où
P∣x⟩=∣x⟩−⟨n∣x⟩∣n⟩=(1,2,3)−36(1,1,1)=(−1,0,1).
On vérifie que ce vecteur appartient bien à F (la somme de ses composantes est nulle). La composante orthogonale est ∣x⟩−P∣x⟩=(2,2,2), et la distance de ∣x⟩ au plan vaut ∥(2,2,2)∥=23.
Question 4
Montrer que P∣x⟩ est le vecteur de F le plus proche de ∣x⟩ : pour tout ∣y⟩∈F,∥x−y∥≥∥x−Px∥.
Solution
Écrivons ∣x⟩−∣y⟩=(∣x⟩−P∣x⟩)+(P∣x⟩−∣y⟩). Le premier vecteur appartient à F⊥, puisque (1−P) est le projecteur sur F⊥, et le second appartient à F, puisque P∣x⟩ et ∣y⟩ sont dans F. Ces deux vecteurs sont orthogonaux, et le théorème de Pythagore donne
∥x−y∥2=∥x−Px∥2+∥Px−y∥2≥∥x−Px∥2,
avec égalité si et seulement si ∣y⟩=P∣x⟩. La projection orthogonale réalise la meilleure approximation d'un vecteur par un vecteur du sous-espace : c'est ce qui justifie, en dimension infinie, l'approximation d'une fonction par les premiers termes de son développement dans une base hilbertienne.