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Thème 2 — Espaces de Hilbert et notations de Dirac

Rotations du plan et diagonalisation complexe

Mots-clés: rotation · matrice orthogonale · valeurs propres complexes · diagonalisation · générateur · matrices de Pauli · polarisation circulaire

Exercice 1 : Rotations du plan et diagonalisation complexe

Pour un angle θ\theta réel, on considère la matrice de rotation du plan

R(θ)=(cos⁡θ−sin⁡θsin⁡θcos⁡θ),\begin{aligned} R(\theta)=\begin{pmatrix}\cos\theta&-\sin\theta\\ \sin\theta&\cos\theta\end{pmatrix}, \end{aligned}

que l'on fait agir sur C2\C^2 muni du produit scalaire hermitien usuel. On note

σy=(0−ii0).\begin{aligned} \sigma_y=\begin{pmatrix}0&-i\\ i&0\end{pmatrix}. \end{aligned}
Question 1
Montrer que R(θ)R(\theta) est unitaire, de déterminant 11, et que R(θ)R(φ)=R(θ+φ)R(\theta)R(\varphi)=R(\theta+\varphi).

Solution
La matrice est réelle, donc R†=RTR^\dagger=R^{\mathsf T}, et

RTR=(cos⁡θsin⁡θ−sin⁡θcos⁡θ)(cos⁡θ−sin⁡θsin⁡θcos⁡θ)=(cos⁡2θ+sin⁡2θ00sin⁡2θ+cos⁡2θ)=1.\begin{aligned} R^{\mathsf T}R=\begin{pmatrix}\cos\theta&\sin\theta\\-\sin\theta&\cos\theta\end{pmatrix}\begin{pmatrix}\cos\theta&-\sin\theta\\ \sin\theta&\cos\theta\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}\cos^2\theta+\sin^2\theta&0\\0&\sin^2\theta+\cos^2\theta\end{pmatrix}=\mathbf{1}. \end{aligned}

Le déterminant vaut cos⁡2θ+sin⁡2θ=1\cos^2\theta+\sin^2\theta=1. Enfin, le produit R(θ)R(φ)R(\theta)R(\varphi) a pour premier coefficient cos⁡θcos⁡φ−sin⁡θsin⁡φ=cos⁡(θ+φ)\cos\theta\cos\varphi-\sin\theta\sin\varphi=\cos(\theta+\varphi), et pour coefficient en bas à gauche sin⁡θcos⁡φ+cos⁡θsin⁡φ=sin⁡(θ+φ)\sin\theta\cos\varphi+\cos\theta\sin\varphi=\sin(\theta+\varphi) ; les deux autres coefficients s'en déduisent de la même façon. Deux rotations successives se composent en une rotation dont l'angle est la somme des angles.

Question 2
Déterminer les valeurs propres de R(θ)R(\theta). Pour quelles valeurs de θ\theta la matrice possède-t-elle des vecteurs propres réels ? Interpréter géométriquement.

Solution
Le polynôme caractéristique vaut (cos⁡θ−λ)2+sin⁡2θ=λ2−2λcos⁡θ+1(\cos\theta-\lambda)^2+\sin^2\theta=\lambda^2-2\lambda\cos\theta+1. Son discriminant réduit est cos⁡2θ−1=−sin⁡2θ\cos^2\theta-1=-\sin^2\theta, et ses racines sont

λ±=cos⁡θ±isin⁡θ=e±iθ.\lambda_\pm=\cos\theta\pm i\sin\theta=e^{\pm i\theta}.

Elles sont de module un, comme pour toute matrice unitaire. Elles ne sont réelles que si sin⁡θ=0\sin\theta=0, c'est-à-dire pour θ  =def  0\theta\equiv0 (l'identité) ou θ  =def  π\theta\equiv\pi (la rotation d'un demi-tour, égale à −1-\mathbf{1}). Dans tous les autres cas, la rotation n'a aucun vecteur propre réel, ce qui est géométriquement évident : une rotation d'angle quelconque ne laisse invariante aucune direction du plan. Elle n'est donc pas diagonalisable sur R\R.

Question 3
Montrer que R(θ)R(\theta) est diagonalisable sur C\C, dans la base orthonormée formée des vecteurs ∣±⟩=12(1,∓i)\ket{\pm}=\frac{1}{\sqrt2}(1,\mp i). Préciser la valeur propre associée à chaque vecteur.

Solution
Calculons l'action de R(θ)R(\theta) sur (1,−i)(1,-i) :

R(θ)(1−i)=(cos⁡θ+isin⁡θsin⁡θ−icos⁡θ)=(eiθ−i(cos⁡θ+isin⁡θ))=eiθ(1−i).R(\theta)\begin{pmatrix}1\\-i\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}\cos\theta+i\sin\theta\\ \sin\theta-i\cos\theta\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}e^{i\theta}\\-i(\cos\theta+i\sin\theta)\end{pmatrix}=e^{i\theta}\begin{pmatrix}1\\-i\end{pmatrix}.

De même, R(θ)(1,i)=e−iθ(1,i)R(\theta)(1,i)=e^{-i\theta}(1,i). Ainsi ∣+⟩=12(1,−i)\ket+=\frac{1}{\sqrt2}(1,-i) est vecteur propre de valeur propre eiθe^{i\theta}, et ∣−⟩=12(1,i)\ket-=\frac{1}{\sqrt2}(1,i) de valeur propre e−iθe^{-i\theta}. Ces vecteurs sont normalisés, et orthogonaux pour le produit scalaire hermitien : ⟨+|−⟩=12(1⋅1+(i)(i))=0\braket+-=\frac12\bigl(1\cdot1+(i)(i)\bigr)=0, puisque le bra ⟨+∣\bra+ a pour composantes 12(1,i)\frac{1}{\sqrt2}(1,i). On a donc R(θ)=eiθ∣+⟩⟨+∣+e−iθ∣−⟩⟨−∣R(\theta)=e^{i\theta}\ket+\bra++e^{-i\theta}\ket-\bra-. En optique, si les deux composantes représentent les polarisations horizontale et verticale d'une onde lumineuse, les vecteurs ∣±⟩\ket\pm représentent les deux polarisations circulaires, qui ne sont modifiées que par une phase lorsqu'on fait tourner le dispositif.

Question 4
Montrer que R(θ)=e−iθσyR(\theta)=e^{-i\theta\sigma_y}. Retrouver ainsi les valeurs propres et vecteurs propres de R(θ)R(\theta) à partir de ceux de σy\sigma_y.

Solution
On a −iσy=(0−110)-i\sigma_y=\begin{pmatrix}0&-1\\1&0\end{pmatrix}, et σy2=1\sigma_y^2=\mathbf{1}. En séparant les termes pairs et impairs de la série exponentielle, e−iθσy=cos⁡θ 1−isin⁡θ σye^{-i\theta\sigma_y}=\cos\theta\,\mathbf{1}-i\sin\theta\,\sigma_y, qui est exactement R(θ)R(\theta). La matrice σy\sigma_y est hermitienne, de valeurs propres ±1\pm1 ; on vérifie que σy(1,i)=(1,i)\sigma_y(1,i)=(1,i) et σy(1,−i)=−(1,−i)\sigma_y(1,-i)=-(1,-i). Les vecteurs propres de R(θ)=e−iθσyR(\theta)=e^{-i\theta\sigma_y} sont ceux de σy\sigma_y, avec les valeurs propres e−iθ×(±1)e^{-i\theta\times(\pm1)} : on retrouve e−iθe^{-i\theta} pour ∣−⟩=12(1,i)\ket-=\frac{1}{\sqrt2}(1,i) et eiθe^{i\theta} pour ∣+⟩\ket+. La matrice hermitienne σy\sigma_y est le générateur des rotations du plan, comme le moment cinétique est le générateur des rotations en mécanique quantique.