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Thème 2 — Espaces de Hilbert et notations de Dirac

Diagonalisation d'une matrice hermitienne de taille deux

Mots-clés: diagonalisation · matrice hermitienne · système à deux niveaux · angle de mélange · anticroisement · répulsion des niveaux

Exercice 1 : Diagonalisation d'une matrice hermitienne de taille deux

On considère la matrice hermitienne la plus générale de taille 2×22\times2,

H=(abb∗d),a,d∈R,b=∣b∣eiφ∈C.\begin{aligned} H=\begin{pmatrix}a&b\\ b^*&d\end{pmatrix},\qquad a,d\in\R,\quad b=|b|e^{i\varphi}\in\C . \end{aligned}

Elle représente par exemple le Hamiltonien d'un système à deux niveaux, dans une base où aa et dd sont les énergies des deux états et bb leur couplage. On pose

m=a+d2,Δ=(a−d2)2+∣b∣2.m=\frac{a+d}{2},\qquad\Delta=\sqrt{\Bigl(\frac{a-d}{2}\Bigr)^2+|b|^2}.
Question 1
Déterminer les valeurs propres de HH.

Solution
Le polynôme caractéristique vaut

det⁡(H−λ1)=(a−λ)(d−λ)−∣b∣2=λ2−(a+d)λ+ad−∣b∣2.\det(H-\lambda\mathbf{1})=(a-\lambda)(d-\lambda)-|b|^2=\lambda^2-(a+d)\lambda+ad-|b|^2 .

Son discriminant est (a+d)2−4ad+4∣b∣2=(a−d)2+4∣b∣2=4Δ2≥0(a+d)^2-4ad+4|b|^2=(a-d)^2+4|b|^2=4\Delta^2\geq0, et les valeurs propres sont

λ±=a+d2±12(a−d)2+4∣b∣2=m±Δ.\lambda_\pm=\frac{a+d}{2}\pm\frac12\sqrt{(a-d)^2+4|b|^2}=m\pm\Delta .

Elles sont réelles, comme il se doit pour une matrice hermitienne. Elles sont égales si et seulement si Δ=0\Delta=0, c'est-à-dire si a=da=d et b=0b=0 : la matrice est alors proportionnelle à l'identité.

Question 2
On suppose Δ>0\Delta>0, et l'on définit l'angle θ∈[0,π]\theta\in[0,\pi] par cos⁡θ=a−d2Δ\cos\theta=\frac{a-d}{2\Delta} et sin⁡θ=∣b∣Δ\sin\theta=\frac{|b|}{\Delta}. Montrer que H=m 1+Δ KH=m\,\mathbf{1}+\Delta\,K avec

K=(cos⁡θeiφsin⁡θe−iφsin⁡θ−cos⁡θ),\begin{aligned} K=\begin{pmatrix}\cos\theta&e^{i\varphi}\sin\theta\\ e^{-i\varphi}\sin\theta&-\cos\theta\end{pmatrix}, \end{aligned}

puis que les vecteurs

∣+⟩=(cos⁡θ2e−iφsin⁡θ2),∣−⟩=(−eiφsin⁡θ2cos⁡θ2)\ket{+}=\begin{pmatrix}\cos\frac\theta2\\ e^{-i\varphi}\sin\frac\theta2\end{pmatrix},\qquad \ket{-}=\begin{pmatrix}-e^{i\varphi}\sin\frac\theta2\\ \cos\frac\theta2\end{pmatrix}

forment une base orthonormée de vecteurs propres de HH.

Solution
On vérifie directement : m+Δcos⁡θ=a+d2+a−d2=am+\Delta\cos\theta=\frac{a+d}{2}+\frac{a-d}{2}=a, m−Δcos⁡θ=dm-\Delta\cos\theta=d, et Δeiφsin⁡θ=∣b∣eiφ=b\Delta e^{i\varphi}\sin\theta=|b|e^{i\varphi}=b. Les vecteurs propres de HH sont ceux de KK, avec les valeurs propres m+Δkm+\Delta k si kk est valeur propre de KK. Calculons K∣+⟩K\ket+, en utilisant les formules cos⁡θ=cos⁡2θ2−sin⁡2θ2\cos\theta=\cos^2\frac\theta2-\sin^2\frac\theta2 et sin⁡θ=2sin⁡θ2cos⁡θ2\sin\theta=2\sin\frac\theta2\cos\frac\theta2. La première composante vaut

cos⁡θcos⁡θ2+eiφsin⁡θ e−iφsin⁡θ2=cos⁡θcos⁡θ2+sin⁡θsin⁡θ2=cos⁡(θ−θ2)=cos⁡θ2,\cos\theta\cos\tfrac\theta2+e^{i\varphi}\sin\theta\,e^{-i\varphi}\sin\tfrac\theta2=\cos\theta\cos\tfrac\theta2+\sin\theta\sin\tfrac\theta2=\cos\bigl(\theta-\tfrac\theta2\bigr)=\cos\tfrac\theta2,

et la seconde

e−iφsin⁡θcos⁡θ2−cos⁡θ e−iφsin⁡θ2=e−iφsin⁡(θ−θ2)=e−iφsin⁡θ2.e^{-i\varphi}\sin\theta\cos\tfrac\theta2-\cos\theta\,e^{-i\varphi}\sin\tfrac\theta2=e^{-i\varphi}\sin\bigl(\theta-\tfrac\theta2\bigr)=e^{-i\varphi}\sin\tfrac\theta2 .

Ainsi K∣+⟩=∣+⟩K\ket+=\ket+, et l'on montre de même que K∣−⟩=−∣−⟩K\ket-=-\ket-. Les deux vecteurs sont normalisés, et ⟨+|−⟩=−cos⁡θ2eiφsin⁡θ2+eiφsin⁡θ2cos⁡θ2=0\braket+-=-\cos\frac\theta2e^{i\varphi}\sin\frac\theta2+e^{i\varphi}\sin\frac\theta2\cos\frac\theta2=0. Ce sont donc les vecteurs propres de HH, de valeurs propres m±Δm\pm\Delta.

Question 3
Appliquer ces résultats à H=(1i−i−1)H=\begin{pmatrix}1&i\\-i&-1\end{pmatrix}. Vérifier le premier vecteur propre par un calcul direct.

Solution
Ici a=1a=1, d=−1d=-1, b=ib=i, donc m=0m=0, ∣b∣=1|b|=1, φ=π/2\varphi=\pi/2 et Δ=1+1=2\Delta=\sqrt{1+1}=\sqrt2. Les valeurs propres sont ±2\pm\sqrt2. L'angle vérifie cos⁡θ=sin⁡θ=12\cos\theta=\sin\theta=\frac{1}{\sqrt2}, donc θ=π/4\theta=\pi/4, et e−iφ=−ie^{-i\varphi}=-i :

∣+⟩=(cos⁡π8−isin⁡π8),∣−⟩=(−isin⁡π8cos⁡π8).\ket+=\begin{pmatrix}\cos\frac\pi8\\-i\sin\frac\pi8\end{pmatrix},\qquad \ket-=\begin{pmatrix}-i\sin\frac\pi8\\ \cos\frac\pi8\end{pmatrix}.

Vérifions la première composante de H∣+⟩H\ket+ : 1⋅cos⁡π8+i⋅(−i)sin⁡π8=cos⁡π8+sin⁡π81\cdot\cos\frac\pi8+i\cdot(-i)\sin\frac\pi8=\cos\frac\pi8+\sin\frac\pi8. Elle doit être égale à 2cos⁡π8\sqrt2\cos\frac\pi8, ce qui est le cas puisque cos⁡π8+sin⁡π8=2cos⁡(π8−π4)=2cos⁡π8\cos\frac\pi8+\sin\frac\pi8=\sqrt2\cos\bigl(\frac\pi8-\frac\pi4\bigr)=\sqrt2\cos\frac\pi8. Numériquement, 0,924+0,383=1,307=2×0,9240{,}924+0{,}383=1{,}307=\sqrt2\times0{,}924.

Question 4
On considère le cas a≠da\neq d avec un couplage faible, ∣b∣≪∣a−d∣|b|\ll|a-d|. Donner un développement des valeurs propres au premier ordre non nul en ∣b∣|b|, et décrire les vecteurs propres. Que se passe-t-il au contraire lorsque a=da=d ? Représenter qualitativement les deux valeurs propres en fonction de a−da-d, à mm et bb fixés.

Solution
Supposons a>da>d pour fixer les idées. On développe la racine carrée :

Δ=a−d21+4∣b∣2(a−d)2≃a−d2+∣b∣2a−d,λ+≃a+∣b∣2a−d,λ−≃d−∣b∣2a−d.\Delta=\frac{a-d}{2}\sqrt{1+\frac{4|b|^2}{(a-d)^2}}\simeq\frac{a-d}{2}+\frac{|b|^2}{a-d}, \qquad \lambda_+\simeq a+\frac{|b|^2}{a-d},\quad\lambda_-\simeq d-\frac{|b|^2}{a-d}.

Le couplage écarte les deux niveaux : le plus haut monte et le plus bas descend, d'une quantité proportionnelle au carré du couplage et inversement proportionnelle à l'écart initial. L'angle θ\theta est petit, θ≃2∣b∣/(a−d)\theta\simeq2|b|/(a-d), et les vecteurs propres sont proches des vecteurs de base : chacun n'est que légèrement mélangé avec l'autre. Lorsque a=da=d, au contraire, θ=π/2\theta=\pi/2, et les vecteurs propres 12(1,±e−iφ)\frac{1}{\sqrt2}(1,\pm e^{-i\varphi}) sont des superpositions de poids égaux des deux états de base : le mélange est maximal, même pour un couplage faible, et l'écart entre les niveaux vaut 2∣b∣2|b|. Lorsque l'on fait varier a−da-d, les deux valeurs propres m±(a−d)2/4+∣b∣2m\pm\sqrt{(a-d)^2/4+|b|^2} décrivent les deux branches d'une hyperbole : elles ne se croisent jamais, contrairement aux énergies aa et dd sans couplage, qui se croisent en a=da=d. C'est le phénomène d'anticroisement, ou de répulsion des niveaux, que l'on retrouve dans toute la physique quantique, des molécules aux qubits.