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Thème 2 — Espaces de Hilbert et notations de Dirac

Matrices non diagonalisables et matrices normales

Mots-clés: diagonalisation · matrice nilpotente · bloc de Jordan · matrice normale · théorème spectral · vecteurs propres non orthogonaux

Exercice 1 : Matrices non diagonalisables et matrices normales

On rappelle le théorème spectral en dimension finie, que l'on admettra : une matrice complexe AA est diagonalisable dans une base orthonormée si et seulement si elle est normale, c'est-à-dire si AA†=A†AAA^\dagger=A^\dagger A.

Question 1
Montrer que la matrice N=(0100)N=\begin{pmatrix}0&1\\0&0\end{pmatrix} n'est pas diagonalisable. Même question pour T=(1101)T=\begin{pmatrix}1&1\\0&1\end{pmatrix}.

Solution
Le polynôme caractéristique de NN est λ2\lambda^2 : sa seule valeur propre est 00. Le sous-espace propre associé est le noyau de NN, constitué des vecteurs (x,y)(x,y) tels que N(x,y)=(y,0)=0N(x,y)=(y,0)=0, c'est-à-dire de la droite y=0y=0. Il est de dimension 11, alors qu'il faudrait deux vecteurs propres indépendants pour diagonaliser NN. Autre argument : si NN était diagonalisable, comme sa seule valeur propre est 00, elle serait semblable à la matrice nulle, donc nulle. De même, T=1+NT=\mathbf{1}+N a pour seule valeur propre 11, et le sous-espace propre ker⁡(T−1)=ker⁡N\ker(T-\mathbf{1})=\ker N est de dimension 11 : TT n'est pas diagonalisable. On vérifie que NN et TT ne sont pas normales : par exemple NN†=(1000)NN^\dagger=\begin{pmatrix}1&0\\0&0\end{pmatrix} et N†N=(0001)N^\dagger N=\begin{pmatrix}0&0\\0&1\end{pmatrix}.

Question 2
Montrer que B=(1102)B=\begin{pmatrix}1&1\\0&2\end{pmatrix} est diagonalisable, mais pas dans une base orthonormée. Vérifier qu'elle n'est pas normale.

Solution
Les valeurs propres de cette matrice triangulaire sont ses éléments diagonaux, 11 et 22. Elles sont distinctes, donc BB est diagonalisable. Pour λ=1\lambda=1, on trouve le vecteur propre (1,0)(1,0) ; pour λ=2\lambda=2, l'équation −x+y=0-x+y=0 donne (1,1)(1,1). Ces deux vecteurs ne sont pas orthogonaux : leur produit scalaire vaut 11. Comme chaque sous-espace propre est une droite, il n'existe aucun autre choix possible : BB n'est pas diagonalisable dans une base orthonormée. On vérifie qu'elle n'est pas normale :

BB†=(1102)(1012)=(2224),B†B=(1012)(1102)=(1115).\begin{aligned} BB^\dagger=\begin{pmatrix}1&1\\0&2\end{pmatrix}\begin{pmatrix}1&0\\1&2\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}2&2\\2&4\end{pmatrix}, \qquad B^\dagger B=\begin{pmatrix}1&0\\1&2\end{pmatrix}\begin{pmatrix}1&1\\0&2\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}1&1\\1&5\end{pmatrix}. \end{aligned}

Question 3
Démontrer le sens facile du théorème spectral : une matrice diagonalisable dans une base orthonormée est normale. En déduire que les matrices hermitiennes et les matrices unitaires sont normales.

Solution
Si AA est diagonalisable dans une base orthonormée, il existe une matrice unitaire UU et une matrice diagonale DD telles que A=UDU†A=UDU^\dagger. Alors A†=UD†U†=UD∗U†A^\dagger=UD^\dagger U^\dagger=UD^*U^\dagger, et

AA†=UDU†UD∗U†=UDD∗U†,A†A=UD∗DU†.AA^\dagger=UDU^\dagger UD^*U^\dagger=UDD^*U^\dagger, \qquad A^\dagger A=UD^*DU^\dagger .

Les matrices diagonales DD et D∗D^* commutent, donc AA†=A†AAA^\dagger=A^\dagger A. Pour les deux exemples demandés, on n'a même pas besoin du théorème : si A†=AA^\dagger=A, alors AA†=A2=A†AAA^\dagger=A^2=A^\dagger A ; si A†=A−1A^\dagger=A^{-1}, alors AA†=1=A†AAA^\dagger=\mathbf{1}=A^\dagger A.

Question 4
Montrer que C=(1−111)C=\begin{pmatrix}1&-1\\1&1\end{pmatrix} est normale, mais ni hermitienne ni unitaire. La diagonaliser dans une base orthonormée.

Solution
La matrice n'est pas hermitienne, puisque C†=(11−11)≠CC^\dagger=\begin{pmatrix}1&1\\-1&1\end{pmatrix}\neq C. On calcule

CC†=(1−111)(11−11)=(2002)=C†C,\begin{aligned} CC^\dagger=\begin{pmatrix}1&-1\\1&1\end{pmatrix}\begin{pmatrix}1&1\\-1&1\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}2&0\\0&2\end{pmatrix}=C^\dagger C, \end{aligned}

donc CC est normale, mais CC†=21≠1CC^\dagger=2\mathbf{1}\neq\mathbf{1} : elle n'est pas unitaire. En fait, C=2 R(π/4)C=\sqrt2\,R(\pi/4), où RR est la matrice de rotation du plan. Ses vecteurs propres sont donc ceux des rotations, 12(1,−i)\frac{1}{\sqrt2}(1,-i) et 12(1,i)\frac{1}{\sqrt2}(1,i), qui sont orthogonaux. Par exemple, C(1,−i)=(1+i, 1−i)=(1+i)(1,−i)C(1,-i)=(1+i,\,1-i)=(1+i)(1,-i), puisque (1+i)(−i)=1−i(1+i)(-i)=1-i. Les valeurs propres sont 1±i1\pm i, non réelles et de module 2\sqrt2. En mécanique quantique, les observables sont représentées par des matrices hermitiennes, qui ont de plus des valeurs propres réelles ; les matrices normales non hermitiennes, comme les opérateurs unitaires, apparaissent plutôt pour représenter des transformations.