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Thème 2 — Espaces de Hilbert et notations de Dirac

Codiagonalisation et ensemble complet d'observables qui commutent

Mots-clés: codiagonalisation · observables qui commutent · sous-espace propre stable · dégénérescence · base propre commune · ensemble complet d'observables qui commutent

Exercice 1 : Codiagonalisation et ensemble complet d'observables qui commutent

Dans C3\C^3, muni de sa base canonique (∣e1⟩,∣e2⟩,∣e3⟩)(\ket{e_1},\ket{e_2},\ket{e_3}), on considère les deux observables

A=(10001000−1),B=(010100001).\begin{aligned} A=\begin{pmatrix}1&0&0\\0&1&0\\0&0&-1\end{pmatrix},\qquad B=\begin{pmatrix}0&1&0\\1&0&0\\0&0&1\end{pmatrix}. \end{aligned}
Question 1
Vérifier que AA et BB sont auto-adjointes et qu'elles commutent.

Solution
Les deux matrices sont réelles et symétriques, donc auto-adjointes. Toutes deux sont diagonales par blocs, avec un bloc 2×22\times2 agissant sur ∣e1⟩,∣e2⟩\ket{e_1},\ket{e_2} et un bloc 1×11\times1 sur ∣e3⟩\ket{e_3}. Sur le premier bloc, AA est l'identité, qui commute avec tout ; sur le second, ce sont des nombres. Ainsi AB=BAAB=BA, ce que l'on vérifie aussi par un calcul direct : AB=BA=(01010000−1)AB=BA=\begin{pmatrix}0&1&0\\1&0&0\\0&0&-1\end{pmatrix}.

Question 2
Déterminer les valeurs propres et les sous-espaces propres de AA, puis ceux de BB. Chacune de ces observables suffit-elle, à elle seule, à définir une base de vecteurs propres de façon unique ?

Solution
La matrice AA est diagonale : la valeur propre 11 a pour sous-espace propre le plan engendré par ∣e1⟩\ket{e_1} et ∣e2⟩\ket{e_2}, et la valeur propre −1-1 la droite engendrée par ∣e3⟩\ket{e_3}. Pour BB, le bloc 2×22\times2 est la matrice σx\sigma_x, de valeurs propres ±1\pm1 et de vecteurs propres 12(∣e1⟩±∣e2⟩)\frac{1}{\sqrt2}(\ket{e_1}\pm\ket{e_2}), et ∣e3⟩\ket{e_3} est vecteur propre de valeur propre 11. Ainsi, la valeur propre 11 de BB a pour sous-espace propre le plan engendré par 12(∣e1⟩+∣e2⟩)\frac{1}{\sqrt2}(\ket{e_1}+\ket{e_2}) et ∣e3⟩\ket{e_3}, et la valeur propre −1-1 la droite engendrée par 12(∣e1⟩−∣e2⟩)\frac{1}{\sqrt2}(\ket{e_1}-\ket{e_2}).

Chacune des deux observables possède une valeur propre dégénérée. Ni l'une ni l'autre ne suffit donc à définir une base propre unique : dans un sous-espace propre de dimension 22, n'importe quelle base orthonormée convient. Par exemple, ∣e1⟩\ket{e_1} et ∣e2⟩\ket{e_2} forment une base propre de AA, mais ne sont pas vecteurs propres de BB.

Question 3
Montrer que BB laisse invariant chaque sous-espace propre de AA. En diagonalisant la restriction de BB au sous-espace propre de AA associé à la valeur propre 11, construire une base orthonormée de vecteurs propres communs à AA et BB.

Solution
Si A∣v⟩=a∣v⟩A\ket v=a\ket v, alors A(B∣v⟩)=BA∣v⟩=a B∣v⟩A(B\ket v)=BA\ket v=a\,B\ket v : le vecteur B∣v⟩B\ket v appartient encore au sous-espace propre de AA associé à aa. Le sous-espace EA(1)E_A(1), engendré par ∣e1⟩\ket{e_1} et ∣e2⟩\ket{e_2}, est donc stable par BB, et la restriction de BB à ce plan a pour matrice σx\sigma_x dans la base (∣e1⟩,∣e2⟩)(\ket{e_1},\ket{e_2}). On la diagonalise : ses vecteurs propres sont ∣u±⟩=12(∣e1⟩±∣e2⟩)\ket{u_\pm}=\frac{1}{\sqrt2}(\ket{e_1}\pm\ket{e_2}), de valeurs propres ±1\pm1. Le sous-espace EA(−1)E_A(-1) est la droite engendrée par ∣e3⟩\ket{e_3}, qui est automatiquement vecteur propre de BB. On obtient la base orthonormée de vecteurs propres communs

∣u+⟩=∣e1⟩+∣e2⟩2 (a=1, b=1),∣u−⟩=∣e1⟩−∣e2⟩2 (a=1, b=−1),∣e3⟩ (a=−1, b=1).\ket{u_+}=\frac{\ket{e_1}+\ket{e_2}}{\sqrt2}\ (a=1,\,b=1),\qquad \ket{u_-}=\frac{\ket{e_1}-\ket{e_2}}{\sqrt2}\ (a=1,\,b=-1),\qquad \ket{e_3}\ (a=-1,\,b=1).

C'est la méthode générale de codiagonalisation : on diagonalise la seconde observable dans chacun des sous-espaces propres de la première.

Question 4
Montrer que la donnée du couple de valeurs propres (a,b)(a,b) détermine un unique vecteur de cette base, à une phase près. On dit que {A,B}\{A,B\} forme un ensemble complet d'observables qui commutent. Quel est l'intérêt de cette notion en mécanique quantique ?

Solution
Les trois couples (1,1)(1,1), (1,−1)(1,-1) et (−1,1)(-1,1) sont distincts. À chacun correspond un sous-espace propre commun de dimension 11 : par exemple, les vecteurs vérifiant à la fois A∣v⟩=∣v⟩A\ket v=\ket v et B∣v⟩=∣v⟩B\ket v=\ket v forment la droite engendrée par ∣u+⟩\ket{u_+}. Un vecteur propre commun est donc déterminé, à une phase près, par la donnée de ses deux valeurs propres, et l'on peut le noter ∣a,b⟩\ket{a,b}. En mécanique quantique, si l'on mesure successivement AA et BB, qui sont compatibles, et que l'on obtient les résultats aa et bb, l'état après les deux mesures est complètement déterminé : c'est ∣a,b⟩\ket{a,b}, quel que soit l'état initial. Un ensemble complet d'observables qui commutent permet ainsi de préparer un état bien défini et d'étiqueter une base de l'espace des états par des nombres quantiques. C'est par exemple le rôle de H^\hat H, L^2\hat L^2 et L^z\hat L_z pour l'atome d'hydrogène, dont les états propres communs sont notés ∣n,ℓ,m⟩\ket{n,\ell,m}.