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Thème 2 — Espaces de Hilbert et notations de Dirac

Le produit scalaire de Hilbert-Schmidt

Mots-clés: produit scalaire de Hilbert-Schmidt · espace des matrices · trace · base orthonormée · matrices de Pauli · inégalité de Cauchy-Schwarz

Exercice 1 : Le produit scalaire de Hilbert-Schmidt

On note Mn(C)M_n(\C) l'ensemble des matrices complexes n×nn\times n, qui est un espace vectoriel complexe de dimension n2n^2, et l'on définit, pour A,B∈Mn(C)A,B\in M_n(\C),

⟨A,B⟩HS=tr⁡(A†B).\langle A,B\rangle_{\rm HS}=\tr\bigl(A^\dagger B\bigr).
Question 1
Montrer que ⟨A,B⟩HS=∑i,jAij∗Bij\langle A,B\rangle_{\rm HS}=\sum_{i,j}A_{ij}^*B_{ij}, puis que ⟨⋅,⋅⟩HS\langle\cdot,\cdot\rangle_{\rm HS} est un produit scalaire hermitien sur Mn(C)M_n(\C). Que vaut la norme associée ?

Solution
Par définition, (A†B)jj=∑i(A†)jiBij=∑iAij∗Bij(A^\dagger B)_{jj}=\sum_i(A^\dagger)_{ji}B_{ij}=\sum_iA_{ij}^*B_{ij}, et en sommant sur jj, tr⁡(A†B)=∑i,jAij∗Bij\tr(A^\dagger B)=\sum_{i,j}A_{ij}^*B_{ij}. C'est exactement le produit scalaire hermitien usuel de Cn2\C^{n^2}, lorsqu'on range les n2n^2 coefficients d'une matrice en un seul vecteur. Il est donc linéaire par rapport à BB, il vérifie la symétrie hermitienne ⟨B,A⟩HS=⟨A,B⟩HS∗\langle B,A\rangle_{\rm HS}=\langle A,B\rangle_{\rm HS}^*, et il est défini positif : ⟨A,A⟩HS=∑i,j∣Aij∣2≥0\langle A,A\rangle_{\rm HS}=\sum_{i,j}|A_{ij}|^2\geq0, avec égalité si et seulement si tous les coefficients sont nuls. La norme associée, ∥A∥HS=∑i,j∣Aij∣2\norm A_{\rm HS}=\sqrt{\sum_{i,j}|A_{ij}|^2}, est appelée norme de Hilbert-Schmidt, ou norme de Frobenius. L'espace Mn(C)M_n(\C) muni de ce produit scalaire est un espace de Hilbert de dimension n2n^2.

Question 2
Montrer que les matrices élémentaires Ekl=∣ek⟩⟨el∣E_{kl}=\ket{e_k}\bra{e_l}, dont le seul coefficient non nul vaut 11 en position (k,l)(k,l), forment une base orthonormée de Mn(C)M_n(\C). Que vaut ∥U∥HS\norm U_{\rm HS} pour une matrice unitaire UU ?

Solution
D'après la question précédente, ⟨Ekl,Ek′l′⟩HS=∑i,j(Ekl)ij(Ek′l′)ij=δkk′δll′\langle E_{kl},E_{k'l'}\rangle_{\rm HS}=\sum_{i,j}(E_{kl})_{ij}(E_{k'l'})_{ij}=\delta_{kk'}\delta_{ll'}, puisque les deux matrices n'ont de coefficient non nul qu'en une seule position. Ces n2n^2 matrices orthonormées forment une base, et la décomposition d'une matrice sur cette base est simplement A=∑k,lAklEklA=\sum_{k,l}A_{kl}E_{kl}, la formule A^=∑k,lAkl∣ek⟩⟨el∣\hat A=\sum_{k,l}A_{kl}\ket{e_k}\bra{e_l} de la notation de Dirac. Pour une matrice unitaire, ∥U∥HS2=tr⁡(U†U)=tr⁡1=n\norm U_{\rm HS}^2=\tr(U^\dagger U)=\tr\mathbf{1}=n.

Question 3
Pour n=2n=2, montrer que les quatre matrices 121\frac{1}{\sqrt2}\mathbf{1}, 12σx\frac{1}{\sqrt2}\sigma_x, 12σy\frac{1}{\sqrt2}\sigma_y, 12σz\frac{1}{\sqrt2}\sigma_z forment une base orthonormée de M2(C)M_2(\C). On utilisera les relations σj†=σj\sigma_j^\dagger=\sigma_j, σj2=1\sigma_j^2=\mathbf{1}, tr⁡σj=0\tr\sigma_j=0, et σjσk=iσl\sigma_j\sigma_k=i\sigma_l pour (j,k,l)(j,k,l) permutation circulaire de (x,y,z)(x,y,z).

Solution
Les matrices de Pauli étant auto-adjointes, ⟨σj,σk⟩HS=tr⁡(σjσk)\langle\sigma_j,\sigma_k\rangle_{\rm HS}=\tr(\sigma_j\sigma_k). Pour j=kj=k, on obtient tr⁡1=2\tr\mathbf{1}=2. Pour j≠kj\neq k, le produit σjσk\sigma_j\sigma_k vaut ±iσl\pm i\sigma_l, de trace nulle. Enfin, ⟨1,σj⟩HS=tr⁡σj=0\langle\mathbf{1},\sigma_j\rangle_{\rm HS}=\tr\sigma_j=0 et ⟨1,1⟩HS=2\langle\mathbf{1},\mathbf{1}\rangle_{\rm HS}=2. Les quatre matrices 1,σx,σy,σz\mathbf{1},\sigma_x,\sigma_y,\sigma_z sont donc orthogonales et de norme 2\sqrt2 ; après division par 2\sqrt2, on obtient quatre matrices orthonormées dans un espace de dimension 44 : c'est une base orthonormée.

Question 4
Écrire l'inégalité de Cauchy-Schwarz pour ce produit scalaire. En déduire que ∣tr⁡A∣2≤n tr⁡(A†A)|\tr A|^2\leq n\,\tr(A^\dagger A) pour toute matrice AA, et préciser le cas d'égalité.

Solution
L'inégalité de Cauchy-Schwarz s'écrit ∣tr⁡(A†B)∣2≤tr⁡(A†A) tr⁡(B†B)|\tr(A^\dagger B)|^2\leq\tr(A^\dagger A)\,\tr(B^\dagger B). En prenant A=1A=\mathbf{1} et en renommant BB en AA, on obtient ∣tr⁡A∣2≤tr⁡(1) tr⁡(A†A)=n tr⁡(A†A)|\tr A|^2\leq\tr(\mathbf{1})\,\tr(A^\dagger A)=n\,\tr(A^\dagger A). L'égalité a lieu si et seulement si AA est proportionnelle à l'identité. Par exemple, pour une matrice hermitienne de valeurs propres λk\lambda_k, cette inégalité s'écrit (∑kλk)2≤n∑kλk2\bigl(\sum_k\lambda_k\bigr)^2\leq n\sum_k\lambda_k^2 : le carré de la moyenne des valeurs propres est inférieur à la moyenne de leurs carrés.