Thème 2 — Espaces de Hilbert et notations de Dirac
Décomposition de Pauli des matrices de taille deux
Mots-clés: matrices de Pauli · décomposition · matrice hermitienne · valeurs propres · projecteur de rang un · vecteur de Bloch
Exercice 1 : Décomposition de Pauli des matrices de taille deux
On note σ=(σx,σy,σz) les matrices de Pauli, et pour un vecteur a=(ax,ay,az),a⋅σ=axσx+ayσy+azσz. On admet que {1,σx,σy,σz} est une base de M2(C), orthogonale pour le produit scalaire ⟨A,B⟩=tr(A†B), avec tr(σjσk)=2δjk et trσj=0, et que (a⋅σ)2=∣a∣21 pour tout a∈R3.
Question 1
Montrer que toute matrice A∈M2(C) s'écrit de façon unique A=a01+a⋅σ, avec a0=21trA et aj=21tr(σjA). Montrer que A est hermitienne si et seulement si a0 et les aj sont réels.
Solution
L'écriture existe et est unique puisque {1,σx,σy,σz} est une base. Pour obtenir les coefficients, on prend la trace de A multipliée par chaque élément de la base : trA=2a0 puisque les σj sont de trace nulle, et tr(σjA)=a0trσj+∑kaktr(σjσk)=2aj. Les matrices 1 et σj étant hermitiennes, A†=a0∗1+∑jaj∗σj. Par unicité de la décomposition, A†=A équivaut à a0∗=a0 et aj∗=aj.
Question 2
Décomposer la matrice A=(31+i1−i1) sur la base de Pauli.
Solution
On a a0=21(3+1)=2. Pour les autres coefficients, il suffit de calculer les éléments diagonaux des produits. Pour σz,tr(σzA)=3−1=2, donc az=1. Pour σx,tr(σxA)=A21+A12=(1+i)+(1−i)=2, donc ax=1. Pour σy,σyA a pour éléments diagonaux −iA21=−i(1+i)=1−i et iA12=i(1−i)=1+i, d'où tr(σyA)=2 et ay=1. Ainsi
A=21+σx+σy+σz,
ce que l'on vérifie en additionnant les matrices : les éléments non diagonaux valent 1−i et 1+i, et les éléments diagonaux 2±1.
Question 3
Montrer que, pour a∈R3 non nul, les valeurs propres de A=a01+a⋅σ sont a0±∣a∣, et que les projecteurs spectraux associés sont P±=21(1±n⋅σ), où n=a/∣a∣. Appliquer à la matrice de la question précédente.
Solution
Posons K=n⋅σ, qui vérifie K2=∣n∣21=1 et trK=0. Ses valeurs propres vérifient λ2=1, et leur somme est nulle : ce sont +1 et −1. Les opérateurs P±=21(1±K) vérifient P±2=41(1±2K+K2)=P±,P+P−=41(1−K2)=0,P++P−=1, et ils sont hermitiens : ce sont les projecteurs orthogonaux sur les sous-espaces propres de K, car KP±=21(K±1)=±P±. Comme A=a01+∣a∣K, on obtient A=(a0+∣a∣)P++(a0−∣a∣)P−. Pour la matrice précédente, a=(1,1,1),∣a∣=3, et les valeurs propres sont 2±3. On vérifie que leur somme vaut 4=trA et leur produit 4−3=1=detA=3−∣1−i∣2.
Question 4
Montrer qu'une matrice P∈M2(C) est un projecteur orthogonal de rang un si et seulement si elle s'écrit P=21(1+n⋅σ) avec n vecteur unitaire réel. Quel lien peut-on faire avec la représentation des états d'un qubit ?
Solution
La question précédente montre qu'une telle matrice est un projecteur orthogonal, de trace 1, donc de rang 1. Réciproquement, soit P un projecteur orthogonal de rang un. Il est hermitien, donc P=a01+a⋅σ avec des coefficients réels, et sa trace vaut 1, d'où a0=21. Par ailleurs, P2=a021+2a0a⋅σ+∣a∣21=(41+∣a∣2)1+a⋅σ. L'égalité P2=P impose 41+∣a∣2=21, soit ∣a∣=21, et l'on pose n=2a, unitaire.
Tout état pur ∣ψ⟩ d'un qubit définit un projecteur de rang un ∣ψ⟩⟨ψ∣, qui ne dépend pas de la phase globale de ∣ψ⟩. D'après ce qui précède, ∣ψ⟩⟨ψ∣=21(1+n⋅σ) pour un unique vecteur unitaire n. Les états purs d'un qubit, à une phase près, sont donc en correspondance avec les points de la sphère unité : c'est la sphère de Bloch, et n est le vecteur de Bloch de l'état. On vérifie que ⟨ψ∣σj∣ψ⟩=tr(∣ψ⟩⟨ψ∣σj)=21tr(σj+∑knkσkσj)=nj : les composantes du vecteur de Bloch sont les valeurs moyennes des matrices de Pauli.