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Thème 2 — Espaces de Hilbert et notations de Dirac

Opérateurs positifs et racine carrée

Mots-clés: opérateur positif · racine carrée · valeurs singulières · norme d'opérateur · théorème de Cayley-Hamilton · nombre d'or

Exercice 1 : Opérateurs positifs et racine carrée

Un opérateur auto-adjoint M^\hat M sur un espace de Hilbert de dimension finie est dit positif si ⟨v∣M^∣v⟩≥0\bra v\hat M\ket v\geq0 pour tout ∣v⟩\ket v. On considère un opérateur quelconque A^\hat A, et l'on pose M^=A^†A^\hat M=\hat A^\dagger\hat A.

Question 1
Montrer que M^\hat M est auto-adjoint et positif, que ses valeurs propres sont positives ou nulles, et que M^\hat M est inversible si et seulement si A^\hat A l'est.

Solution
On a M^†=A^†(A^†)†=A^†A^=M^\hat M^\dagger=\hat A^\dagger(\hat A^\dagger)^\dagger=\hat A^\dagger\hat A=\hat M. Pour tout ∣v⟩\ket v, ⟨v∣M^∣v⟩=⟨A^v|A^v⟩=∥A^v∥2≥0\bra v\hat M\ket v=\braket{\hat Av}{\hat Av}=\norm{\hat Av}^2\geq0. Si M^∣v⟩=μ∣v⟩\hat M\ket v=\mu\ket v avec ∣v⟩\ket v normalisé, alors μ=⟨v∣M^∣v⟩≥0\mu=\bra v\hat M\ket v\geq0. Enfin, si M^∣v⟩=0\hat M\ket v=0, alors ∥A^v∥2=⟨v∣M^∣v⟩=0\norm{\hat Av}^2=\bra v\hat M\ket v=0, donc A^∣v⟩=0\hat A\ket v=0 ; réciproquement, A^∣v⟩=0\hat A\ket v=0 entraîne M^∣v⟩=0\hat M\ket v=0. Les deux opérateurs ont le même noyau, et en dimension finie, l'un est inversible si et seulement si l'autre l'est.

Question 2
Expliquer pourquoi un opérateur positif M^\hat M possède une unique racine carrée positive M^\sqrt{\hat M}, c'est-à-dire un unique opérateur positif R^\hat R tel que R^2=M^\hat R^2=\hat M. On admettra l'unicité.

Solution
On écrit la décomposition spectrale M^=∑kμkP^k\hat M=\sum_k\mu_k\hat P_k, avec μk≥0\mu_k\geq0 et des projecteurs orthogonaux P^k\hat P_k deux à deux orthogonaux, de somme 1\mathbf{1}. On pose R^=∑kμk P^k\hat R=\sum_k\sqrt{\mu_k}\,\hat P_k, qui est auto-adjoint, de valeurs propres μk≥0\sqrt{\mu_k}\geq0, donc positif. Et R^2=∑kμkP^k=M^\hat R^2=\sum_k\mu_k\hat P_k=\hat M, puisque P^kP^l=δklP^k\hat P_k\hat P_l=\delta_{kl}\hat P_k. On montre aussi qu'il n'en existe pas d'autre parmi les opérateurs positifs. Les valeurs propres de A^†A^\sqrt{\hat A^\dagger\hat A} sont appelées valeurs singulières de A^\hat A.

Question 3
On considère A=(1101)A=\begin{pmatrix}1&1\\0&1\end{pmatrix}. Calculer M=A†AM=A^\dagger A et ses valeurs propres. On les exprimera à l'aide du nombre d'or φ=1+52\phi=\frac{1+\sqrt5}{2}, qui vérifie φ2=φ+1\phi^2=\phi+1.

Solution
On calcule

M=(1011)(1101)=(1112).\begin{aligned} M=\begin{pmatrix}1&0\\1&1\end{pmatrix}\begin{pmatrix}1&1\\0&1\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}1&1\\1&2\end{pmatrix}. \end{aligned}

Sa trace vaut 33 et son déterminant 11. Les valeurs propres sont les racines de μ2−3μ+1=0\mu^2-3\mu+1=0, soit μ±=3±52\mu_\pm=\frac{3\pm\sqrt5}{2}. Or φ2=φ+1=3+52\phi^2=\phi+1=\frac{3+\sqrt5}{2}, et φ−2=23+5=2(3−5)9−5=3−52\phi^{-2}=\frac{2}{3+\sqrt5}=\frac{2(3-\sqrt5)}{9-5}=\frac{3-\sqrt5}{2}. Ainsi μ+=φ2\mu_+=\phi^2 et μ−=φ−2\mu_-=\phi^{-2}, toutes deux positives, comme prévu.

Question 4
Pour une matrice positive 2×22\times2, on note R=MR=\sqrt M. En appliquant le théorème de Cayley-Hamilton à RR, montrer que

M=M+det⁡M 1tr⁡M+2det⁡M,\sqrt M=\frac{M+\sqrt{\det M}\,\mathbf{1}}{\sqrt{\tr M+2\sqrt{\det M}}},

lorsque MM n'est pas nulle. Calculer M\sqrt M pour la matrice de la question précédente et vérifier le résultat.

Solution
Le théorème de Cayley-Hamilton affirme que toute matrice 2×22\times2 annule son polynôme caractéristique : R2−(tr⁡R)R+(det⁡R)1=0R^2-(\tr R)R+(\det R)\mathbf{1}=0. Avec R2=MR^2=M et det⁡R=μ+μ−=det⁡M\det R=\sqrt{\mu_+\mu_-}=\sqrt{\det M}, on obtient (tr⁡R) R=M+det⁡M 1(\tr R)\,R=M+\sqrt{\det M}\,\mathbf{1}. Il reste à calculer tr⁡R=μ++μ−\tr R=\sqrt{\mu_+}+\sqrt{\mu_-}. Son carré vaut μ++μ−+2μ+μ−=tr⁡M+2det⁡M\mu_++\mu_-+2\sqrt{\mu_+\mu_-}=\tr M+2\sqrt{\det M}, qui est strictement positif si M≠0M\neq0. On obtient la formule annoncée. Pour notre matrice, det⁡M=1\det M=1 et tr⁡M=3\tr M=3, d'où

M=15(2113).\begin{aligned} \sqrt M=\frac{1}{\sqrt5}\begin{pmatrix}2&1\\1&3\end{pmatrix}. \end{aligned}

Vérification : 15(2113)2=15(55510)=(1112)=M\frac15\begin{pmatrix}2&1\\1&3\end{pmatrix}^2=\frac15\begin{pmatrix}5&5\\5&10\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}1&1\\1&2\end{pmatrix}=M. Les valeurs propres de M\sqrt M sont φ\phi et 1/φ1/\phi : ce sont les valeurs singulières de AA.

Question 5
Montrer que la norme d'opérateur ∥A∥=max⁡∥v∥=1∥Av∥\norm A=\max_{\norm v=1}\norm{Av} est égale à la plus grande valeur singulière de AA. La calculer pour l'exemple précédent, et la comparer aux valeurs propres de AA.

Solution
Pour ∣v⟩\ket v normalisé, ∥Av∥2=⟨v∣M∣v⟩\norm{Av}^2=\bra vM\ket v. En décomposant ∣v⟩\ket v sur une base orthonormée de vecteurs propres de MM, ∣v⟩=∑kck∣mk⟩\ket v=\sum_kc_k\ket{m_k} avec ∑k∣ck∣2=1\sum_k|c_k|^2=1, on obtient ⟨v∣M∣v⟩=∑kμk∣ck∣2≤μmax⁡\bra vM\ket v=\sum_k\mu_k|c_k|^2\leq\mu_{\max}, avec égalité pour un vecteur propre associé à μmax⁡\mu_{\max}. Ainsi ∥A∥2=μmax⁡\norm A^2=\mu_{\max}, et ∥A∥=μmax⁡\norm A=\sqrt{\mu_{\max}} est la plus grande valeur singulière. Pour notre exemple, ∥A∥=φ≃1,618\norm A=\phi\simeq1{,}618. Pourtant, la seule valeur propre de AA est 11 : pour une matrice qui n'est pas normale, la norme peut être strictement plus grande que le plus grand module des valeurs propres. Pour une matrice normale, au contraire, les valeurs singulières sont les modules des valeurs propres.