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Thème 2 — Espaces de Hilbert et notations de Dirac

Base de Fourier et identité de Parseval

Mots-clés: base hilbertienne · séries de Fourier · identité de Parseval · inégalité de Bessel · meilleure approximation · dimension infinie

Exercice 1 : Base de Fourier et identité de Parseval

On considère l'espace de Hilbert L2(−π,π)L^2(-\pi,\pi) des fonctions de carré intégrable sur [−π,π][-\pi,\pi], muni du produit scalaire ⟨f,g⟩=∫−ππf(x)∗g(x) dx\langle f,g\rangle=\int_{-\pi}^{\pi}f(x)^*g(x)\,dx, et la famille de fonctions

en(x)=12π einx,n∈Z.e_n(x)=\frac{1}{\sqrt{2\pi}}\,e^{inx},\qquad n\in\Z .

On admet que cette famille est totale, c'est-à-dire que ses combinaisons linéaires finies sont denses dans L2(−π,π)L^2(-\pi,\pi).

Question 1
Montrer que la famille (en)n∈Z(e_n)_{n\in\Z} est orthonormée. En déduire que c'est une base hilbertienne de L2(−π,π)L^2(-\pi,\pi).

Solution
On calcule

⟨em,en⟩=12π∫−ππe−imxeinx dx=12π∫−ππei(n−m)x dx.\langle e_m,e_n\rangle=\frac{1}{2\pi}\int_{-\pi}^{\pi}e^{-imx}e^{inx}\,dx=\frac{1}{2\pi}\int_{-\pi}^{\pi}e^{i(n-m)x}\,dx .

Si n=mn=m, l'intégrande vaut 11 et l'on obtient 11. Si n≠mn\neq m, une primitive de ei(n−m)xe^{i(n-m)x} est ei(n−m)xi(n−m)\frac{e^{i(n-m)x}}{i(n-m)}, qui prend la même valeur en ±π\pm\pi puisque ei(n−m)π=e−i(n−m)π=(−1)n−me^{i(n-m)\pi}=e^{-i(n-m)\pi}=(-1)^{n-m} ; l'intégrale est nulle. La famille est donc orthonormée, et comme elle est totale, c'est une base hilbertienne : tout f∈L2(−π,π)f\in L^2(-\pi,\pi) s'écrit f=∑n∈Zcnenf=\sum_{n\in\Z}c_ne_n, avec cn=⟨en,f⟩c_n=\langle e_n,f\rangle, la série convergeant au sens de la norme de L2L^2.

Question 2
Calculer les coefficients cn=⟨en,f⟩c_n=\langle e_n,f\rangle de la fonction f(x)=xf(x)=x.

Solution
On a cn=12π∫−ππx e−inx dxc_n=\frac{1}{\sqrt{2\pi}}\int_{-\pi}^{\pi}x\,e^{-inx}\,dx. Pour n=0n=0, l'intégrande est impair et c0=0c_0=0. Pour n≠0n\neq0, on intègre par parties en dérivant xx et en intégrant e−inxe^{-inx} :

∫−ππx e−inx dx=[x e−inx−in]−ππ+1in∫−ππe−inx dx=π(−1)n+π(−1)n−in+0=2πi(−1)nn,\int_{-\pi}^{\pi}x\,e^{-inx}\,dx=\Bigl[\frac{x\,e^{-inx}}{-in}\Bigr]_{-\pi}^{\pi}+\frac{1}{in}\int_{-\pi}^{\pi}e^{-inx}\,dx=\frac{\pi(-1)^n+\pi(-1)^n}{-in}+0=\frac{2\pi i(-1)^n}{n},

où l'on a utilisé e∓inπ=(−1)ne^{\mp in\pi}=(-1)^n et 1−i=i\frac{1}{-i}=i. Ainsi

cn=2π i(−1)nn,∣cn∣2=2πn2(n≠0).c_n=\sqrt{2\pi}\,\frac{i(-1)^n}{n},\qquad |c_n|^2=\frac{2\pi}{n^2}\quad(n\neq0).

Question 3
Écrire l'identité de Parseval pour cette fonction. En déduire la valeur de ∑n≥11n2\sum_{n\geq1}\frac{1}{n^2}.

Solution
L'identité de Parseval affirme que ∥f∥2=∑n∈Z∣cn∣2\norm f^2=\sum_{n\in\Z}|c_n|^2. D'une part, ∥f∥2=∫−ππx2 dx=2π33\norm f^2=\int_{-\pi}^{\pi}x^2\,dx=\frac{2\pi^3}{3}. D'autre part, chaque entier n≥1n\geq1 apparaît deux fois, pour nn et −n-n, et

∑n∈Z∣cn∣2=2∑n≥12πn2=4π∑n≥11n2.\sum_{n\in\Z}|c_n|^2=2\sum_{n\geq1}\frac{2\pi}{n^2}=4\pi\sum_{n\geq1}\frac{1}{n^2}.

En égalant les deux expressions, on obtient

∑n≥11n2=2π33⋅14π=π26.\sum_{n\geq1}\frac{1}{n^2}=\frac{2\pi^3}{3}\cdot\frac{1}{4\pi}=\frac{\pi^2}{6}.

C'est le célèbre problème de Bâle, résolu par Euler en 1735, retrouvé ici comme une conséquence du théorème de Pythagore en dimension infinie.

Question 4
On note fN=∑∣n∣≤Ncnenf_N=\sum_{|n|\leq N}c_ne_n la somme partielle d'ordre NN. Montrer que fNf_N est la meilleure approximation de ff par une combinaison linéaire de e−N,...,eNe_{-N},...,e_N, et calculer l'erreur ∥f−fN∥2\norm{f-f_N}^2. Comment se comporte-t-elle lorsque NN est grand ?

Solution
La fonction fNf_N est la projection orthogonale de ff sur le sous-espace de dimension finie FNF_N engendré par e−N,...,eNe_{-N},...,e_N, puisque le projecteur sur ce sous-espace s'écrit ∑∣n∣≤N∣en⟩⟨en∣\sum_{|n|\leq N}\ket{e_n}\bra{e_n}. D'après le résultat sur la meilleure approximation, établi par le théorème de Pythagore, fNf_N est l'élément de FNF_N le plus proche de ff. L'erreur est la norme de la composante orthogonale, qui se calcule, encore par Parseval, à partir des coefficients restants :

∥f−fN∥2=∑∣n∣>N∣cn∣2=4π∑n>N1n2.\norm{f-f_N}^2=\sum_{|n|>N}|c_n|^2=4\pi\sum_{n>N}\frac{1}{n^2}.

En comparant la somme à l'intégrale ∫N∞dxx2=1N\int_N^\infty\frac{dx}{x^2}=\frac1N, on obtient ∥f−fN∥2≃4πN\norm{f-f_N}^2\simeq\frac{4\pi}{N} pour NN grand : l'erreur tend vers zéro, mais lentement. La décroissance lente des coefficients, en 1/n1/n, vient de ce que la fonction f(x)=xf(x)=x, prolongée par périodicité, est discontinue en ±π\pm\pi. De même que pour la transformation de Fourier sur la droite, plus une fonction est régulière, plus ses coefficients de Fourier décroissent vite.