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Thème 3 — Postulats et applications

Relation d'incertitude pour un spin un demi

Mots-clés: relation d'incertitude · inégalité de Robertson · spin un demi · matrices de Pauli · écart-type

Exercice 1 : Relation d'incertitude pour un spin un demi

On considère un spin 1/21/2, dont les composantes sont Sj=ℏ2σjS_j=\frac\hbar2\sigma_j avec

σx=(0110),σy=(0−ii0),σz=(100−1),\begin{aligned} \sigma_x=\begin{pmatrix}0&1\\1&0\end{pmatrix},\qquad \sigma_y=\begin{pmatrix}0&-i\\i&0\end{pmatrix},\qquad \sigma_z=\begin{pmatrix}1&0\\0&-1\end{pmatrix}, \end{aligned}

dans la base (∣+⟩,∣−⟩)(\ket+,\ket-) des états propres de SzS_z. Les composantes vérifient [Sx,Sy]=iℏSz[S_x,S_y]=i\hbar S_z. On rappelle l'inégalité de Robertson : pour deux observables A^\hat A et B^\hat B,

σA σB≥12∣⟨[A^,B^]⟩∣.\sigma_A\,\sigma_B\geq\frac12\bigl|\langle[\hat A,\hat B]\rangle\bigr| .

Le spin est préparé dans l'état ∣ψ⟩=cos⁡θ2∣+⟩+sin⁡θ2∣−⟩\ket\psi=\cos\frac\theta2\ket++\sin\frac\theta2\ket-, avec 0≤θ≤π0\leq\theta\leq\pi.

Question 1
Calculer ⟨Sx⟩\langle S_x\rangle, ⟨Sy⟩\langle S_y\rangle et ⟨Sz⟩\langle S_z\rangle dans cet état.

Solution
Notons c=cos⁡(θ/2)c=\cos(\theta/2) et s=sin⁡(θ/2)s=\sin(\theta/2), réels. Dans la base (∣+⟩,∣−⟩)(\ket+,\ket-), l'état est le vecteur colonne (c,s)T(c,s)^{\mathsf T}. On calcule

σx(cs)=(sc),σy(cs)=(−isic),σz(cs)=(c−s).\sigma_x\begin{pmatrix}c\\s\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}s\\c\end{pmatrix},\qquad \sigma_y\begin{pmatrix}c\\s\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}-is\\ic\end{pmatrix},\qquad \sigma_z\begin{pmatrix}c\\s\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}c\\-s\end{pmatrix}.

En faisant le produit scalaire avec (c,s)(c,s), on obtient

⟨σx⟩=2cs=sin⁡θ,⟨σy⟩=−ics+ics=0,⟨σz⟩=c2−s2=cos⁡θ.\langle\sigma_x\rangle=2cs=\sin\theta,\qquad \langle\sigma_y\rangle=-ics+ics=0,\qquad \langle\sigma_z\rangle=c^2-s^2=\cos\theta .

Ainsi ⟨Sx⟩=ℏ2sin⁡θ\langle S_x\rangle=\frac\hbar2\sin\theta, ⟨Sy⟩=0\langle S_y\rangle=0 et ⟨Sz⟩=ℏ2cos⁡θ\langle S_z\rangle=\frac\hbar2\cos\theta. Le vecteur ⟨S⟩\langle\mathbf S\rangle est de norme ℏ/2\hbar/2, dans le plan (x,z)(x,z), et fait l'angle θ\theta avec l'axe zz : c'est le vecteur de Bloch de l'état, multiplié par ℏ/2\hbar/2.

Question 2
Calculer les écarts-types σSx\sigma_{S_x} et σSy\sigma_{S_y}.

Indication
Que vaut σj2\sigma_j^2 ?

Solution
Chaque matrice de Pauli vérifie σj2=1\sigma_j^2=\mathbf{1}, donc Sj2=ℏ241S_j^2=\frac{\hbar^2}{4}\mathbf{1}, et ⟨Sj2⟩=ℏ2/4\langle S_j^2\rangle=\hbar^2/4 dans tout état normalisé. Par conséquent,

σSx2=ℏ24−ℏ24sin⁡2θ=ℏ24cos⁡2θ,σSy2=ℏ24−0=ℏ24,\sigma_{S_x}^2=\frac{\hbar^2}{4}-\frac{\hbar^2}{4}\sin^2\theta=\frac{\hbar^2}{4}\cos^2\theta, \qquad \sigma_{S_y}^2=\frac{\hbar^2}{4}-0=\frac{\hbar^2}{4},

soit σSx=ℏ2∣cos⁡θ∣\sigma_{S_x}=\frac\hbar2|\cos\theta| et σSy=ℏ2\sigma_{S_y}=\frac\hbar2.

Question 3
Vérifier l'inégalité de Robertson pour le couple (Sx,Sy)(S_x,S_y). Dans quels cas est-elle une égalité ?

Solution
Le produit des écarts-types vaut σSxσSy=ℏ24∣cos⁡θ∣\sigma_{S_x}\sigma_{S_y}=\frac{\hbar^2}{4}|\cos\theta|. Le membre de droite de l'inégalité vaut

12∣⟨[Sx,Sy]⟩∣=12∣iℏ⟨Sz⟩∣=ℏ2⋅ℏ2∣cos⁡θ∣=ℏ24∣cos⁡θ∣.\frac12\bigl|\langle[S_x,S_y]\rangle\bigr|=\frac12\bigl|i\hbar\langle S_z\rangle\bigr|=\frac\hbar2\cdot\frac\hbar2|\cos\theta|=\frac{\hbar^2}{4}|\cos\theta| .

L'inégalité est vérifiée, et c'est même une égalité pour toutes les valeurs de θ\theta : les états de cette famille sont tous d'incertitude minimale pour le couple (Sx,Sy)(S_x,S_y).

Question 4
Examiner le cas θ=π/2\theta=\pi/2. Quel est alors l'état ? Que valent les deux membres de l'inégalité ? Peut-on en conclure que SxS_x et SyS_y sont compatibles ?

Solution
Pour θ=π/2\theta=\pi/2, l'état est (∣+⟩+∣−⟩)/2(\ket++\ket-)/\sqrt2, c'est-à-dire l'état propre de SxS_x de valeur propre +ℏ/2+\hbar/2. On a alors σSx=0\sigma_{S_x}=0 : la mesure de SxS_x donne +ℏ/2+\hbar/2 avec certitude. Le membre de droite est nul aussi, puisque ⟨Sz⟩=0\langle S_z\rangle=0, et l'inégalité se réduit à 0≥00\geq0. Cela ne signifie pas que SxS_x et SyS_y sont compatibles : leur commutateur iℏSzi\hbar S_z n'est pas l'opérateur nul, et elles n'ont aucun vecteur propre commun. Simplement, la borne de Robertson dépend de l'état, à travers ⟨[A^,B^]⟩\langle[\hat A,\hat B]\rangle, et elle est nulle ici. On voit d'ailleurs que σSy=ℏ/2\sigma_{S_y}=\hbar/2 est maximal : dans l'état propre de SxS_x, la composante SyS_y est complètement indéterminée. La relation position-impulsion est un cas particulier où le commutateur iℏ1i\hbar\mathbf{1} est proportionnel à l'identité, de sorte que la borne ℏ/2\hbar/2 ne dépend pas de l'état.