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Thème 3 — Postulats et applications

Commutateurs, translations et théorème du viriel

Mots-clés: commutateur canonique · opérateur de translation · théorème d'Ehrenfest · théorème du viriel · état stationnaire

Exercice 1 : Commutateurs, translations et théorème du viriel

On considère une particule de masse mm sur une droite, avec les observables X^\hat X et P^\hat P vérifiant [X^,P^]=iℏ1[\hat X,\hat P]=i\hbar\mathbf{1}, et le Hamiltonien H^=P^2/(2m)+V(X^)\hat H=\hat P^2/(2m)+V(\hat X), où VV est une fonction régulière. On admet que les calculs sont faits sur des fonctions d'onde assez régulières pour que tous les produits aient un sens. On rappelle la règle [A^B^,C^]=A^[B^,C^]+[A^,C^]B^[\hat A\hat B,\hat C]=\hat A[\hat B,\hat C]+[\hat A,\hat C]\hat B.

Question 1
Montrer par récurrence que, pour tout entier n≥1n\geq1, [X^,P^n]=iℏ n P^n−1[\hat X,\hat P^n]=i\hbar\,n\,\hat P^{n-1}. En déduire que [X^,f(P^)]=iℏf′(P^)[\hat X,f(\hat P)]=i\hbar f'(\hat P) pour tout polynôme ff. Énoncer sans démonstration le résultat analogue pour [P^,g(X^)][\hat P,g(\hat X)].

Solution
Pour n=1n=1, c'est la relation canonique. Supposons la formule vraie au rang nn. En écrivant P^n+1=P^nP^\hat P^{n+1}=\hat P^n\hat P et en utilisant la règle rappelée, sous la forme [C^,A^B^]=A^[C^,B^]+[C^,A^]B^[\hat C,\hat A\hat B]=\hat A[\hat C,\hat B]+[\hat C,\hat A]\hat B,

[X^,P^n+1]=P^n[X^,P^]+[X^,P^n]P^=iℏP^n+iℏnP^n−1P^=iℏ(n+1)P^n,[\hat X,\hat P^{n+1}]=\hat P^n[\hat X,\hat P]+[\hat X,\hat P^n]\hat P=i\hbar\hat P^n+i\hbar n\hat P^{n-1}\hat P=i\hbar(n+1)\hat P^n,

ce qui établit la formule au rang n+1n+1. Le commutateur étant linéaire, on en déduit pour un polynôme f(p)=∑nanpnf(p)=\sum_na_np^n :

[X^,f(P^)]=∑nan[X^,P^n]=iℏ∑nnanP^n−1=iℏf′(P^).[\hat X,f(\hat P)]=\sum_na_n[\hat X,\hat P^n]=i\hbar\sum_nna_n\hat P^{n-1}=i\hbar f'(\hat P).

Le commutateur avec X^\hat X agit donc comme une dérivation par rapport à P^\hat P. Le même raisonnement, en partant de [P^,X^]=−iℏ1[\hat P,\hat X]=-i\hbar\mathbf{1}, donne [P^,g(X^)]=−iℏ g′(X^)[\hat P,g(\hat X)]=-i\hbar\,g'(\hat X), résultat que l'on vérifie aussi directement en représentation position, où P^=−iℏ d/dx\hat P=-i\hbar\,d/dx. Ces formules s'étendent aux fonctions développables en série entière.

Question 2
On considère l'opérateur de translation T(a)=e−iaP^/ℏT(a)=e^{-ia\hat P/\hbar}, avec aa réel. Calculer [X^,T(a)][\hat X,T(a)], puis montrer que T(a)†X^ T(a)=X^+a1T(a)^\dagger\hat X\,T(a)=\hat X+a\mathbf{1}. Interpréter ce résultat en calculant la position moyenne dans l'état T(a)∣ψ⟩T(a)\ket\psi.

Solution
D'après la question précédente avec f(p)=e−iap/ℏf(p)=e^{-iap/\hbar}, dont la dérivée est f′(p)=−iaℏf(p)f'(p)=-\frac{ia}{\hbar}f(p),

[X^,T(a)]=iℏ(−iaℏ)T(a)=a T(a).[\hat X,T(a)]=i\hbar\Bigl(-\frac{ia}{\hbar}\Bigr)T(a)=a\,T(a).

Ainsi X^T(a)=T(a)X^+aT(a)\hat XT(a)=T(a)\hat X+aT(a). L'opérateur T(a)T(a) est unitaire, puisque T(a)†=eiaP^/ℏ=T(−a)=T(a)−1T(a)^\dagger=e^{ia\hat P/\hbar}=T(-a)=T(a)^{-1}, P^\hat P étant auto-adjoint. En multipliant à gauche par T(a)†T(a)^\dagger, on obtient

T(a)†X^ T(a)=X^+a1.T(a)^\dagger\hat X\,T(a)=\hat X+a\mathbf{1}.

Pour l'état translaté ∣ψa⟩=T(a)∣ψ⟩\ket{\psi_a}=T(a)\ket\psi, la position moyenne vaut donc

⟨ψa∣X^∣ψa⟩=⟨ψ∣T(a)†X^T(a)∣ψ⟩=⟨X^⟩ψ+a.\bra{\psi_a}\hat X\ket{\psi_a}=\bra\psi T(a)^\dagger\hat XT(a)\ket\psi=\langle\hat X\rangle_\psi+a .

L'opérateur T(a)T(a) translate bien l'état d'une distance aa vers la droite, en accord avec son action (T(a)ψ)(x)=ψ(x−a)(T(a)\psi)(x)=\psi(x-a) en représentation position.

Question 3
Calculer le commutateur [H^,X^P^][\hat H,\hat X\hat P]. En utilisant le théorème d'Ehrenfest, en déduire l'expression de ddt⟨X^P^⟩\frac{d}{dt}\langle\hat X\hat P\rangle.

Solution
D'après la règle rappelée,

[H^,X^P^]=[H^,X^] P^+X^ [H^,P^].[\hat H,\hat X\hat P]=[\hat H,\hat X]\,\hat P+\hat X\,[\hat H,\hat P].

D'une part, seule l'énergie cinétique contribue au premier commutateur, et d'après la première question, [P^2,X^]=−[X^,P^2]=−2iℏP^[\hat P^2,\hat X]=-[\hat X,\hat P^2]=-2i\hbar\hat P, donc [H^,X^]=−iℏmP^[\hat H,\hat X]=-\frac{i\hbar}{m}\hat P. D'autre part, seul le potentiel contribue au second, et [H^,P^]=[V(X^),P^]=iℏV′(X^)[\hat H,\hat P]=[V(\hat X),\hat P]=i\hbar V'(\hat X). Ainsi

[H^,X^P^]=−iℏmP^2+iℏ X^V′(X^).[\hat H,\hat X\hat P]=-\frac{i\hbar}{m}\hat P^2+i\hbar\,\hat XV'(\hat X).

L'opérateur X^P^\hat X\hat P ne dépend pas explicitement du temps, et le théorème d'Ehrenfest donne

ddt⟨X^P^⟩=iℏ⟨[H^,X^P^]⟩=⟨P^2⟩m−⟨X^V′(X^)⟩.\frac{d}{dt}\langle\hat X\hat P\rangle=\frac{i}{\hbar}\langle[\hat H,\hat X\hat P]\rangle=\frac{\langle\hat P^2\rangle}{m}-\langle\hat XV'(\hat X)\rangle .

On remarque que X^P^\hat X\hat P n'est pas auto-adjoint, mais le théorème d'Ehrenfest, qui ne repose que sur l'équation de Schrödinger, s'applique encore à sa valeur moyenne.

Question 4
En déduire que, dans un état stationnaire, l'énergie cinétique moyenne ⟨T^⟩=⟨P^2⟩/(2m)\langle\hat T\rangle=\langle\hat P^2\rangle/(2m) vérifie le théorème du viriel

2⟨T^⟩=⟨X^V′(X^)⟩.2\langle\hat T\rangle=\langle\hat XV'(\hat X)\rangle .

Appliquer ce résultat à l'oscillateur harmonique V(x)=12mω2x2V(x)=\frac12m\omega^2x^2 et à un potentiel V(x)=λ∣x∣V(x)=\lambda|x|, où λ>0\lambda>0.

Solution
Dans un état stationnaire, toutes les valeurs moyennes d'observables indépendantes du temps sont constantes, puisque l'état ne change que par une phase globale. Le membre de gauche de la relation précédente est donc nul, et ⟨P^2⟩/m=⟨X^V′(X^)⟩\langle\hat P^2\rangle/m=\langle\hat XV'(\hat X)\rangle, c'est-à-dire 2⟨T^⟩=⟨X^V′(X^)⟩2\langle\hat T\rangle=\langle\hat XV'(\hat X)\rangle.

Pour l'oscillateur harmonique, xV′(x)=mω2x2=2V(x)xV'(x)=m\omega^2x^2=2V(x), et le théorème donne ⟨T^⟩=⟨V⟩\langle\hat T\rangle=\langle V\rangle : dans tout état propre, l'énergie se partage également entre énergie cinétique et énergie potentielle, chacune valant En/2E_n/2. Pour le potentiel λ∣x∣\lambda|x|, on a xV′(x)=λx sgn(x)=λ∣x∣=V(x)xV'(x)=\lambda x\,\mathrm{sgn}(x)=\lambda|x|=V(x), d'où 2⟨T^⟩=⟨V⟩2\langle\hat T\rangle=\langle V\rangle : l'énergie potentielle moyenne vaut le double de l'énergie cinétique moyenne, et donc ⟨V⟩=23E\langle V\rangle=\frac23E et ⟨T^⟩=13E\langle\hat T\rangle=\frac13E. Plus généralement, pour V(x)∝∣x∣sV(x)\propto|x|^s, on trouve 2⟨T^⟩=s⟨V⟩2\langle\hat T\rangle=s\langle V\rangle. Le cas du potentiel coulombien à trois dimensions, s=−1s=-1, donne 2⟨T^⟩=−⟨V⟩2\langle\hat T\rangle=-\langle V\rangle, résultat que l'on peut vérifier sur le fondamental de l'atome d'hydrogène.