Leçon n°7 : L’oscillateur harmonique
Mots clés : Oscillateur harmonique, Opérateurs d’échelle, Opérateur nombre, Énergie du fondamental, Fonctions de Hermite
Leçon en cours de réécriture
L'oscillateur harmonique est le modèle d'une particule dans un potentiel quadratique. Il apparaît aussi lorsqu'on développe un potentiel autour d'un minimum stable : le terme constant déplace les énergies, le terme linéaire est nul au minimum et le premier terme non trivial est quadratique. Ce modèle permet donc de décrire de petites oscillations, notamment certains mouvements vibratoires.
Nous allons calculer son spectre à l'aide d'opérateurs d'échelle. Ce sera une application directe de l'adjoint et de la positivité. Il faut comprendre pourquoi on introduit ces opérateurs, ce qu'ils font à un état propre, puis pourquoi ils permettent de construire tous les niveaux. Nous retrouverons ensuite les fonctions propres en position et leur lien avec les fonctions de Hermite déjà rencontrées.
1. Le Hamiltonien et les échelles du problème
1.1. Un minimum de potentiel
Nous restons d'abord en une dimension. Soit un minimum non dégénéré d'un potentiel régulier, avec et . Au voisinage de ce point,
On choisit l'origine des positions en et l'origine des énergies en . Si les déplacements restent assez petits pour négliger les termes suivants, on obtient
Le même est la pulsation des petites oscillations classiques. Nous traiterons maintenant le potentiel quadratique comme exact. Son application à un autre potentiel reste une approximation, généralement moins bonne pour les états très excités qui explorent des positions plus éloignées du minimum.
1.2. Opérateurs sans dimension
Une localisation sur une longueur suggère une énergie cinétique de l'ordre de . L'énergie potentielle correspondante est de l'ordre de . En équilibrant ces deux échelles, on trouve
Ce raisonnement fixe une échelle, pas encore l'énergie exacte. Introduisons les opérateurs sans dimension
La relation canonique devient , et le Hamiltonien prend la forme
La longueur naturelle est donc et l'énergie naturelle est .
2. Les opérateurs d’échelle
2.1. Factorisation du Hamiltonien
Nous cherchons à factoriser la somme . Pour des nombres qui commutent, le produit donnerait cette somme. Ici, il faut garder l'ordre des facteurs :
En inversant l'ordre, on obtient . C'est précisément cette différence qui va créer l'échelle des énergies. Le facteur ci-dessous permet de normaliser le commutateur à un.
L'opérateur sera appelé opérateur nombre. Ce nom sera justifié par ses valeurs propres.
Les signes sont imposés par l'adjoint : et sont symétriques sur le domaine de calcul et la conjugaison transforme en . L'adjoint n'est pas l'inverse de . Il va au contraire jouer le rôle d'un opérateur qui monte les niveaux.
2.2. L'algèbre de l'oscillateur
La factorisation donne à la fois le Hamiltonien et l'action des opérateurs sur les niveaux.
Démonstration.
Leur différence vaut . La première égalité donne aussi , donc l'expression de .
Pour les deux autres commutateurs, utilisons :
Diagonaliser revient donc à diagonaliser . Si , alors l'énergie correspondante est . Il reste à déterminer les valeurs possibles de .
3. Abaissement et élévation des niveaux
3.1. Conséquences de la positivité
Pour un état du domaine adéquat,
La positivité de vient donc directement de l'adjoint. Elle impose la borne
pour un état normalisé ayant une énergie moyenne définie. Une borne inférieure ne prouve pas encore qu'un état atteint cette borne. Nous construirons cet état explicitement.
3.2. L'action sur un état propre
Prenons un état propre normalisé dans le domaine de calcul. La relation donne
Si n'est pas nul, c'est donc un état propre de valeur . De même,
L'opérateur abaisse l'énergie de , et l'augmente de .
Il faut aussi connaître les normes. L'adjoint donne directement
L'état abaissé est nul exactement lorsque . L'état relevé n'est jamais nul si . Ces opérateurs ne conservent donc pas la norme. Leur action algébrique ne doit pas être confondue avec une évolution unitaire réalisée automatiquement dans une expérience.
3.3. Un spectre entier
La descente se fait par pas d'une unité. Elle ne peut pas continuer jusqu'à une valeur négative puisque est positif. Elle doit s'arrêter exactement à zéro.
Démonstration.
Cette formule s'obtient en appliquant à chaque étape l'identité de norme précédente.
Supposons non entier. Il existe un entier tel que . Pour , tous les facteurs de la norme sont strictement positifs. Le vecteur est donc non nul. Pourtant, il aurait la valeur propre , ce qui contredit la positivité.
Ainsi . Après abaissements, on atteint un vecteur non nul de valeur propre zéro. L'abaissement suivant donne le vecteur nul.
Cet argument identifie les valeurs propres possibles dans notre calcul. Il ne démontre pas encore l'existence d'un état pour chaque entier, ni la complétude des états construits. Nous allons établir ces deux points séparément.

4. Le fondamental en position
Pour atteindre la borne inférieure, il faut . Puisque , cela revient à chercher
Le membre de droite est le vecteur nul, pas un état de probabilité totale un. La relation exprime simplement qu'il n'existe pas de niveau inférieur accessible par .
En représentation de position, , donc
L'équation du fondamental est ainsi une équation du premier ordre,
C'est le gain de la factorisation. Nous n'avons pas eu à résoudre directement l'équation de Schrödinger du second ordre.
Il atteint l'énergie minimale
Démonstration.
Ainsi . Cette fonction est de carré intégrable sur toute la droite. La condition
fixe . La phase reste libre. Enfin, implique , puis .
Le fondamental ne possède pas une énergie nulle. Un état localisé exactement au minimum avec une impulsion exactement nulle ne serait pas un état physique normalisable compatible avec la relation canonique. Le calcul précédent donne la valeur précise de cette énergie minimale.
5. États excités et spectre
5.1. Récurrence et normalisation
Partons de normalisé. Le vecteur a la norme un et la valeur propre pour . On peut donc poser
Le vecteur a la norme . Pour obtenir le deuxième état normalisé, il faut diviser par cette norme :
Puis , et ainsi de suite. La factorielle ne vient pas d'une convention de notation. Elle compense les normes accumulées à chaque montée.
sont orthonormés et vérifient
Ils forment une base hilbertienne de . Le spectre du modèle est exactement cette suite de niveaux, tous non dégénérés.
Démonstration.
Pour la descente, on utilise
Des valeurs propres distinctes d'un opérateur auto-adjoint donnent des états orthogonaux. Comme chaque état est normalisé, la famille est orthonormée.
En position, ces états sont les fonctions de Hermite explicitées ci-dessous. Leur complétude dans est le résultat d'analyse admis à la leçon 3 du thème 2. Il établit qu'aucun secteur supplémentaire n'a été omis. Le Hamiltonien est donc diagonal dans cette base, avec les valeurs qui tendent vers l'infini. Son spectre ne contient pas d'autre valeur. Une seule fonction de cette base est associée à chaque , donc les niveaux sont non dégénérés.

Les niveaux sont équidistants : . Cela distingue l'oscillateur du puits infini, où l'écart augmentait avec . L'entier compte les quanta d'énergie au-dessus du fondamental. Il ne compte pas ici des particules matérielles différentes : le modèle décrit toujours une seule particule dans un potentiel.
5.2. Les fonctions propres en position
Posons . L'application de à la gaussienne donne
Par exemple, , donc
En recommençant, chaque dérivation modifie le polynôme qui multiplie la même gaussienne. La formule générale est
Les sont les polynômes de Hermite, avec
Cette expression se déduit de l'application répétée de l'opérateur différentiel à la gaussienne. Les fonctions sont paires pour pair et impaires pour impair, comme on l'attend pour un potentiel pair à niveaux non dégénérés.

6. Valeurs moyennes et fluctuations
La construction algébrique donne aussi les observables, sans recalculer des intégrales gaussiennes à chaque niveau. Les définitions de et s'inversent en
Les deux opérateurs ne relient donc un état qu'aux niveaux voisins.
Ainsi
Le fondamental atteint l'égalité de Heisenberg.
Démonstration.
Les termes et changent le niveau de deux unités et ont une moyenne nulle dans . Les deux termes restants donnent et . Ainsi .
Le calcul de est analogue. Le facteur compense les signes des termes croisés et donne . Les moyennes étant nulles, ces deux moments sont les variances.
L'énergie se répartit également entre ses deux contributions dans chaque état propre :
Lorsque augmente, la distribution de position s'étend et la dispersion d'impulsion augmente aussi. Le fondamental minimise leur produit, mais ne rend aucune des deux dispersions nulle.
7. Portée du modèle
Une vibration moléculaire proche de l'équilibre fournit une application directe. Pour un mode de vibration isolé, la coordonnée décrit un déplacement collectif et la masse est celle qui intervient dans l'énergie cinétique de ce mode. L'approximation harmonique prédit des écarts d'énergie voisins de . Les écarts réels peuvent s'en écarter lorsque les termes suivants du potentiel deviennent sensibles.
Le modèle apparaît aussi pour une particule retenue près du minimum d'un piège. La même construction s'applique dès que le Hamiltonien se ramène, dans le domaine d'énergie étudié, à une somme d'une énergie cinétique quadratique et d'un potentiel quadratique.
L'adjoint a joué ici un rôle concret à chaque étape. Il a donné la positivité de , fixé les normes des états abaissés et relevés, puis permis de construire une base propre entière. L'existence du fondamental a été vérifiée en position et la complétude a été identifiée comme le résultat d'analyse supplémentaire nécessaire pour conclure sur tout le spectre.
8. Références
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