Leçon n°8 : L’atome d’hydrogène

Mots clés : Atome d’hydrogène, Orbitales atomiques, Nombres quantiques, Raies spectrales, Règles de remplissage, Règles de Slater

Leçon en cours de réécriture

Les puits ont montré le rôle des conditions aux limites et l'oscillateur celui de l'algèbre. L'hydrogène donne un troisième modèle que l'on peut résoudre exactement dans l'approximation non relativiste à interaction coulombienne. Il permet surtout de relier des niveaux calculés à des raies spectrales.

Nous laisserons de côté la structure fine, la structure hyperfine et les corrections radiatives. La leçon sera explicite sur l'origine des nombres quantiques et des énergies. Les outils angulaires nécessaires seront introduits ici sous leur forme utile, avant leur reprise dans la leçon suivante.

Cette résolution donne aussi l'origine des orbitales 1s,2s,2p,...1s,2s,2p,... utilisées en atomistique. Nous verrons ensuite comment les employer pour décrire un atome à plusieurs électrons. Il faudra alors ajouter des approximations et des règles de remplissage. Le spin sera seulement annoncé et la règle d'occupation admise, sans développer ici le principe de Pauli.

1. Centre de masse et mouvement relatif

L'électron et le proton ont des positions re,rp\mathbf r_e,\mathbf r_p et des masses me,mpm_e,m_p. Posons

R=mere+mprpme+mp,r=rerp,μ=mempme+mp.\mathbf R=\frac{m_e\mathbf r_e+m_p\mathbf r_p}{m_e+m_p}, \qquad \mathbf r=\mathbf r_e-\mathbf r_p, \qquad \mu=\frac{m_em_p}{m_e+m_p}.

Dans ces coordonnées, l'énergie cinétique se sépare en une énergie du centre de masse de masse M=me+mpM=m_e+m_p et une énergie relative de masse réduite μ\mu.

Proposition 1 (Hamiltonien relatif)
Après séparation du mouvement libre du centre de masse, le Hamiltonien interne est H=22μΔκr,κ=e24πε0.H=-\frac{\hbar^2}{2\mu}\Delta-\frac{\kappa}{r}, \qquad \kappa=\frac{e^2}{4\pi\varepsilon_0}.

Démonstration.
La substitution des coordonnées donne mer˙e2/2+mpr˙p2/2=MR˙2/2+μr˙2/2m_e\dot{\mathbf r}_e^2/2+m_p\dot{\mathbf r}_p^2/2 =M\dot{\mathbf R}^2/2+\mu\dot{\mathbf r}^2/2. Le potentiel ne dépend que de la distance relative rr. La quantification de ces deux termes cinétiques sépare donc les deux mouvements. Les niveaux internes sont ceux du second.

La masse réduite corrige le modèle où le proton serait infiniment lourd. Elle est proche de mem_e, mais cette petite différence compte dans la comparaison précise des fréquences. Nous utiliserons la longueur aμ=2/(μκ)a_\mu=\hbar^2/(\mu\kappa), proche du rayon de Bohr.

2. Les variables angulaires

Le potentiel ne dépend que de rr. Le laplacien sphérique s'écrit

Δ=1r2r(r2r)+1r2ΔΩ,ΔΩ=1sinθθ(sinθθ)+1sin2θ2φ2.\Delta=\frac1{r^2}\frac{\partial}{\partial r} \left(r^2\frac{\partial}{\partial r}\right) +\frac1{r^2}\Delta_\Omega, \Delta_\Omega= \frac1{\sin\theta}\frac{\partial}{\partial\theta} \left(\sin\theta\frac{\partial}{\partial\theta}\right) +\frac1{\sin^2\theta}\frac{\partial^2}{\partial\varphi^2}.

Les fonctions qui diagonalisent la partie angulaire sont les harmoniques sphériques.

Théorème 1 (Harmoniques sphériques, résultat admis)
Il existe une base orthonormée YmY_{\ell m} de L2(S2)L^2(S^2) telle que ΔΩYm=(+1)Ym,iYmφ=mYm,-\Delta_\Omega Y_{\ell m}=\ell(\ell+1)Y_{\ell m}, \qquad -i\frac{\partial Y_{\ell m}}{\partial\varphi}=mY_{\ell m},

avec =0,1,...\ell=0,1,... et m=,...,m=-\ell,...,\ell.

Nous admettons la complétude et la classification de ces fonctions. Leur structure se comprend en séparant θ\theta et φ\varphi. La périodicité en φ\varphi impose un facteur eimφe^{im\varphi} avec mm entier. L'équation restante est celle des fonctions de Legendre associées. La régularité aux pôles sélectionne m\ell\geq|m| entier.

Les opérateurs L2=2ΔΩL^2=-\hbar^2\Delta_\Omega et Lz=iφL_z=-i\hbar\partial_\varphi sont respectivement le carré du moment cinétique orbital et sa composante selon zz. Cette interprétation sera reprise avec l'algèbre du moment cinétique. Ici, elle sert à séparer l'équation différentielle. Pour =m=0\ell=m=0, Y00=1/4πY_{00}=1/\sqrt{4\pi}.

3. L'équation radiale

Cherchons ψ(r)=R(r)Ym(θ,φ)\psi(\mathbf r)=R(r)Y_{\ell m}(\theta,\varphi) et posons u(r)=rR(r)u(r)=rR(r). Cette substitution absorbe le facteur r2r^2 de la mesure radiale : 0R2r2dr=0u2dr\int_0^\infty|R|^2r^2dr=\int_0^\infty|u|^2dr. L'équation propre devient

22μu"(r)+[2(+1)2μr2κr]u(r)=Eu(r).-\frac{\hbar^2}{2\mu}u"(r) +\left[\frac{\hbar^2\ell(\ell+1)}{2\mu r^2} -\frac{\kappa}{r}\right]u(r)=Eu(r).

Le premier terme entre crochets est la barrière centrifuge. Nous retenons la réalisation physique usuelle, avec la solution régulière à l'origine, en particulier u(0)=0u(0)=0, et une fonction normalisable à l'infini.

Pour un état lié, E<0E<0. Posons k=2μE/k=\sqrt{-2\mu E}/\hbar, ρ=2kr\rho=2kr et λ=1/(kaμ)\lambda=1/(ka_\mu). L'équation devient

d2udρ2+[14+λρ(+1)ρ2]u=0.\frac{d^2u}{d\rho^2} +\left[-\frac14+\frac{\lambda}{\rho} -\frac{\ell(\ell+1)}{\rho^2}\right]u=0.

Près de l'origine, la solution régulière se comporte comme ρ+1\rho^{\ell+1}. À grande distance, une solution liée doit décroître comme eρ/2e^{-\rho/2}. On cherche donc u(ρ)=ρ+1eρ/2v(ρ)u(\rho)=\rho^{\ell+1}e^{-\rho/2}v(\rho).

Potentiel effectif radial de l’hydrogène, avec E_R= ^2/(2 a_ ^2). Pour >0, la contribution centrifuge repousse la fonction radiale de l’origine. Les courbes représentent des potentiels, pas des orbitales.
Figure 1. Potentiel effectif radial de l’hydrogène, avec ER=2/(2μaμ2)E_R=\hbar^2/(2\mu a_\mu^2). Pour >0\ell>0, la contribution centrifuge repousse la fonction radiale de l’origine. Les courbes représentent des potentiels, pas des orbitales.

4. La quantification de l'énergie

La fonction restante satisfait

ρv"+(2+2ρ)v+(λ1)v=0.\rho v"+(2\ell+2-\rho)v'+(\lambda-\ell-1)v=0.

Cette équation va sélectionner l'énergie.

Théorème 2 (Énergies liées de l'hydrogène)
Les niveaux liés du modèle coulombien non relativiste sont En=μκ222n2,n=1,2,....E_n=-\frac{\mu\kappa^2}{2\hbar^2n^2}, \qquad n=1,2,....

Pour un niveau nn, les nombres angulaires satisfont =0,...,n1\ell=0,...,n-1 et m=,...,m=-\ell,...,\ell.

Démonstration.
Développons la solution régulière sous la forme v=j0cjρjv=\sum_{j\geq0}c_j\rho^j. Les coefficients satisfont cj+1=j++1λ(j+1)(j+2+2)cj.c_{j+1}=\frac{j+\ell+1-\lambda}{(j+1)(j+2\ell+2)}\,c_j.

Si la série ne s'arrête pas, sa solution régulière acquiert à grande distance une composante croissante qui détruit la normalisabilité après multiplication par eρ/2e^{-\rho/2}. Pour obtenir une solution liée, il faut donc que le numérateur s'annule à un rang nrNn_r\in\N. On a λ=nr++1=n\lambda=n_r+\ell+1=n.

Ainsi k=1/(naμ)k=1/(na_\mu) et E=2k2/(2μ)=μκ2/(22n2)E=-\hbar^2k^2/(2\mu)=-\mu\kappa^2/(2\hbar^2n^2). L'entier nr=n1n_r=n-\ell-1 étant positif ou nul, n1\ell\leq n-1.

Les polynômes obtenus sont les polynômes de Laguerre associés : un(r)u_{n\ell}(r) est proportionnel à r+1er/(naμ)Ln12+1(2r/(naμ))r^{\ell+1}e^{-r/(na_\mu)} L_{n-\ell-1}^{2\ell+1}(2r/(na_\mu)). Leur normalisation peut se calculer, mais elle n'est pas nécessaire pour obtenir le spectre. Nous allons l'effectuer pour le fondamental, puis écrire les premières orbitales excitées.

L'échelle énergétique μκ2/(22)\mu\kappa^2/(2\hbar^2) vaut environ 13,6eV13{,}6\,\mathrm{eV}. Le seuil E=0E=0 correspond à l'ionisation. Au-dessus se trouve un spectre continu de diffusion, que nous ne résolvons pas ici. La seule famille des états liés ne forme donc pas une base de tout L2(R3)L^2(\R^3).

5. Dégénérescence et nombres quantiques

À nn fixé, le nombre d'états orbitaux est

=0n1(2+1)=n2.\sum_{\ell=0}^{n-1}(2\ell+1)=n^2.

La symétrie de rotation explique l'indépendance de l'énergie par rapport à mm. L'indépendance par rapport à \ell à nn fixé est une propriété supplémentaire du potentiel coulombien. Elle n'est pas vraie pour tout potentiel central.

On nomme usuellement les valeurs =0,1,2,3\ell=0,1,2,3 par les lettres s,p,d,fs,p,d,f. Ainsi 1s1s désigne n=1,=0n=1,\ell=0, tandis que 2p2p désigne n=2,=1n=2,\ell=1. Ces notations viennent donc directement de la séparation de l'équation de Schrödinger.

Définition 1 (Couche, sous-couche et orbitale)
Une couche rassemble les états de même nombre quantique principal nn. Une sous-couche fixe aussi \ell et se note ns,np,nd,...ns,np,nd,....

Une orbitale atomique est une fonction d'onde spatiale à un électron. Pour l'hydrogène, les fonctions ψnm=RnYm\psi_{n\ell m}=R_{n\ell}Y_{\ell m} constituent un choix d'orbitales stationnaires. Une sous-couche contient 2+12\ell+1 orbitales indépendantes.

Les contraintes sur les nombres quantiques donnent immédiatement le tableau suivant.

CoucheSous-couches possiblesNombre d'orbitales
n=1n=11s1s11
n=2n=22s,2p2s,2p1+3=41+3=4
n=3n=33s,3p,3d3s,3p,3d1+3+5=91+3+5=9
n=4n=44s,4p,4d,4f4s,4p,4d,4f1+3+5+7=161+3+5+7=16

Il n'existe donc pas de sous-couche 1p1p ni de sous-couche 2d2d. Le symbole 2p2p désigne une sous-couche de trois orbitales, et non une unique fonction d'onde. Il faut encore choisir m=1,0,1m=-1,0,1, ou une autre base du même espace.

Le spin de l'électron ajoutera deux états pour chaque état orbital dans l'approximation qui néglige son couplage. Les corrections physiques laissées de côté lèvent une partie des dégénérescences. Pour l'instant, le comptage n2n^2 porte seulement sur la partie spatiale.

Les premiers niveaux du modèle coulombien, sans spin ni corrections fines. Les orbitales d’un même nombre principal n ont ici la même énergie. Les états liés s’accumulent vers E=0, au-dessous du continuum.
Figure 2. Les premiers niveaux du modèle coulombien, sans spin ni corrections fines. Les orbitales d’un même nombre principal nn ont ici la même énergie. Les états liés s’accumulent vers E=0E=0, au-dessous du continuum.

6. Le fondamental et la probabilité radiale

Le niveau le plus bas correspond à n=1n=1. Il impose =m=0\ell=m=0, donc une fonction sphérique sans nœud radial. Écrivons-la complètement.

Proposition 2 (État 1s)
Le fondamental normalisé est ψ100(r)=1πaμ3er/aμ.\psi_{100}(\mathbf r)=\frac1{\sqrt{\pi a_\mu^3}}e^{-r/a_\mu}.

La probabilité de trouver la distance au noyau entre rr et r+drr+dr vaut

pr(r)dr=4r2aμ3e2r/aμdr.p_r(r)\,dr=\frac{4r^2}{a_\mu^3}e^{-2r/a_\mu}\,dr.

Démonstration.
Pour n=1,=0n=1,\ell=0, le polynôme radial est constant et RR est proportionnel à er/aμe^{-r/a_\mu}. La normalisation utilise 4π0r2ψ2dr=14\pi\int_0^\infty r^2|\psi|^2dr=1 et 0r2e2r/aμdr=aμ3/4\int_0^\infty r^2e^{-2r/a_\mu}dr=a_\mu^3/4. L'intégration sur les angles donne la densité radiale.

Son énergie et son évolution sont

E1=22μaμ213,6eV,Ψ1s(r,t)=eiE1t/ψ100(r).E_1=-\frac{\hbar^2}{2\mu a_\mu^2} \simeq-13{,}6\,\mathrm{eV}, \qquad \Psi_{1s}(\mathbf r,t)=e^{-iE_1t/\hbar}\psi_{100}(\mathbf r).

La phase dépend du temps, mais la densité Ψ1s2|\Psi_{1s}|^2 reste constante. Un état stationnaire n'est pas une particule immobile à une position fixée.

La densité volumique est maximale au noyau, mais la densité radiale est maximale à r=aμr=a_\mu. Ces deux affirmations ne se contredisent pas : une coquille sphérique possède un volume proportionnel à r2drr^2dr. La distance moyenne vaut r=3aμ/2\langle r\rangle=3a_\mu/2. Le rayon de Bohr n'est donc pas le rayon d'une trajectoire circulaire de l'électron dans ce modèle.

Le maximum de la densité volumique se situe en r=0. Celui de la densité radiale se situe en r=a_ , car celle-ci inclut le volume des coquilles sphériques. Les deux ordonnées représentent des quantités différentes.
Figure 3. Le maximum de la densité volumique se situe en r=0r=0. Celui de la densité radiale se situe en r=aμr=a_\mu, car celle-ci inclut le volume des coquilles sphériques. Les deux ordonnées représentent des quantités différentes.

7. Les orbitales 2s et 2p

Au niveau n=2n=2, deux valeurs de \ell sont possibles. Pour =0\ell=0, le polynôme radial est de degré un. Pour =1\ell=1, il est constant, mais le facteur rr^\ell subsiste. Posons a=aμa=a_\mu dans cette section pour alléger les expressions.

Proposition 3 (Premières orbitales excitées)
L'orbitale 2s2s normalisée est ψ200(r)=142πa3/2(2ra)er/(2a).\psi_{200}(\mathbf r) =\frac{1}{4\sqrt{2\pi}\,a^{3/2}} \left(2-\frac ra\right)e^{-r/(2a)}.

On peut choisir les trois orbitales 2p2p sous la forme réelle

ψ2px(r)=xer/(2a)42πa5/2,ψ2py(r)=yer/(2a)42πa5/2,ψ2pz(r)=zer/(2a)42πa5/2=(r/a)er/(2a)cosθ42πa3/2.\psi_{2p_x}(\mathbf r)=\frac{x\,e^{-r/(2a)}}{4\sqrt{2\pi}\,a^{5/2}}, \qquad \psi_{2p_y}(\mathbf r)=\frac{y\,e^{-r/(2a)}}{4\sqrt{2\pi}\,a^{5/2}}, \psi_{2p_z}(\mathbf r)=\frac{z\,e^{-r/(2a)}}{4\sqrt{2\pi}\,a^{5/2}} =\frac{(r/a)e^{-r/(2a)}\cos\theta}{4\sqrt{2\pi}\,a^{3/2}}.

Ces quatre fonctions sont orthonormées et ont la même énergie E2=E1/4E_2=E_1/4 dans le modèle coulombien.

Démonstration.
Pour n=2,=0n=2,\ell=0, la récurrence donne un polynôme proportionnel à 2r/a2-r/a. Pour n=2,=1n=2,\ell=1, elle donne R21(r)R_{21}(r) proportionnel à rer/(2a)r e^{-r/(2a)}. Les harmoniques de degré un peuvent être prises proportionnelles à x/r,y/r,z/rx/r,y/r,z/r.

Les normalisations résultent de

0rqer/adr=q!aq+1,qN,\int_0^\infty r^q e^{-r/a}\,dr=q!\,a^{q+1}, \qquad q\in\N,

et de S2cos2θdΩ=4π/3\int_{S^2}\cos^2\theta\,d\Omega=4\pi/3. Par exemple,

R3ψ2pz2d3r=132πa54π30r4er/adr=1.\int_{\R^3}|\psi_{2p_z}|^2\,d^3r =\frac{1}{32\pi a^5}\frac{4\pi}{3} \int_0^\infty r^4e^{-r/a}\,dr=1.

Les produits croisés s'annulent par parité. La formule du spectre donne leur énergie commune.

La fonction 2s2s s'annule sur la sphère r=2ar=2a et change de signe en la traversant. La fonction 2pz2p_z s'annule dans le plan z=0z=0 et possède deux lobes de signes opposés. Les orbitales 2px2p_x et 2py2p_y s'obtiennent en changeant d'axe. Les signes représentent la phase relative de l'amplitude. Ils ne représentent pas deux charges électriques différentes.

Remarque 1 (Les dessins d'orbitales)
Une orbitale est une fonction définie dans tout l'espace. Les surfaces dessinées dans les livres représentent souvent une valeur fixée de ψ2|\psi|^2, ou une région contenant une certaine probabilité. Elles ne sont ni une trajectoire ni une frontière au-delà de laquelle l'électron ne pourrait pas être détecté.
Signes et nœuds des premières orbitales réelles. Les lobes et cercles sont schématiques, avec des échelles choisies séparément. Les contours extérieurs ne sont pas des frontières de la fonction d’onde, qui possède des queues. Les orbitales 2p_x,2p_y,2p_z ont respectivement pour plans nodaux x=0, y=0, z=0.
Figure 4. Signes et nœuds des premières orbitales réelles. Les lobes et cercles sont schématiques, avec des échelles choisies séparément. Les contours extérieurs ne sont pas des frontières de la fonction d’onde, qui possède des queues. Les orbitales 2px,2py,2pz2p_x,2p_y,2p_z ont respectivement pour plans nodaux x=0x=0, y=0y=0, z=0z=0.

Le choix 2px,2py,2pz2p_x,2p_y,2p_z est un changement de base dans la sous-couche 2p2p. Avec la convention de phase usuelle des harmoniques sphériques,

ψ2px=ψ21,1ψ21,12,ψ2py=i(ψ21,1+ψ21,1)2,ψ2pz=ψ210.\psi_{2p_x}=\frac{\psi_{21,-1}-\psi_{21,1}}{\sqrt2}, \qquad \psi_{2p_y}=\frac{i(\psi_{21,-1}+\psi_{21,1})}{\sqrt2}, \psi_{2p_z}=\psi_{210}.

Les deux premières ne sont pas des états propres de LzL_z. Elles restent des états propres de HH et de L2L^2. On retrouve ici l'intérêt des espaces propres dégénérés : plusieurs bases sont possibles et l'on choisit celle qui convient au problème physique.

Plus généralement, le nombre de nœuds radiaux, à distance strictement positive du noyau, est n1n-\ell-1. Il vient du degré du polynôme de Laguerre, dont les racines sont positives et simples. Une orbitale 3s3s possède ainsi deux nœuds radiaux, une 3p3p en possède un et une 3d3d aucun.

La comparaison entre 2s2s et 2p2p servira plus loin. La fonction 2s2s reste non nulle à l'origine, tandis que les fonctions 2p2p s'y annulent. Leurs répartitions près du noyau diffèrent, bien que leurs énergies soient ici identiques. Cette différence compte dès que le potentiel s'écarte de la forme coulombienne.

8. Les raies spectrales

Lors d'une transition de nin_i vers nf<nin_f<n_i, l'énergie émise correspond à la différence des niveaux. Pour un photon,

hν=EniEnf=μκ222(1nf21ni2),h\nu=E_{n_i}-E_{n_f} =\frac{\mu\kappa^2}{2\hbar^2} \left(\frac1{n_f^2}-\frac1{n_i^2}\right),

donc

1λonde=Rμ(1nf21ni2),Rμ=μκ222hc.\frac1{\lambda_{\rm onde}}= R_\mu\left(\frac1{n_f^2}-\frac1{n_i^2}\right), \qquad R_\mu=\frac{\mu\kappa^2}{2\hbar^2hc}.

Les transitions vers nf=1n_f=1 constituent la série de Lyman, et celles vers nf=2n_f=2 la série de Balmer. La transition 323\to2 donne une longueur d'onde voisine de 656nm656\,\mathrm{nm}.

Comme dans le modèle moléculaire, toutes les différences de niveaux ne correspondent pas à des transitions dipolaires permises. Le couplage électrique utilise l'opérateur r\mathbf r. Ses éléments de matrice angulaires imposent, dans cette approximation, Δ=±1\Delta\ell=\pm1 et Δm=0,±1\Delta m=0,\pm1, selon la polarisation. Nous admettons ces règles angulaires ici. Les intensités dépendent aussi des éléments radiaux et des populations initiales.

Le spectre énergétique a été obtenu à partir du Hamiltonien coulombien. La fréquence d'une transition en découle, mais sa probabilité et sa largeur demandent l'étude du couplage au rayonnement. L'émission spontanée ne résulte pas de l'évolution isolée d'un état propre sous le seul Hamiltonien de cette leçon.

9. Les ions hydrogénoïdes

Le même calcul décrit un électron lié à un noyau de charge +Ze+Ze. Il s'applique à He+\mathrm{He}^+ ou Li2+\mathrm{Li}^{2+}. Il ne décrit pas encore l'hélium neutre, qui possède deux électrons.

Proposition 4 (Changement de charge nucléaire)
Pour un noyau de masse MZM_Z, posons μZ=meMZ/(me+MZ)\mu_Z=m_eM_Z/(m_e+M_Z). Le Hamiltonien relatif, les niveaux liés et la longueur caractéristique sont HZ=22μZΔZκr,En(Z)=μZZ2κ222n2,aZ=2μZZκ.H_Z=-\frac{\hbar^2}{2\mu_Z}\Delta-\frac{Z\kappa}{r}, \qquad E_n^{(Z)}=-\frac{\mu_Z Z^2\kappa^2}{2\hbar^2n^2}, \qquad a_Z=\frac{\hbar^2}{\mu_Z Z\kappa}.

Les orbitales ont les mêmes formes que celles de l'hydrogène, avec aμa_\mu remplacé par aZa_Z. En particulier,

ψ1s(Z)(r)=1πaZ3er/aZ.\psi_{1s}^{(Z)}(\mathbf r) =\frac{1}{\sqrt{\pi a_Z^3}}e^{-r/a_Z}.

Démonstration.
Le potentiel reste coulombien. Il suffit donc de remplacer κ\kappa par ZκZ\kappa et μ\mu par μZ\mu_Z dans les résultats précédents. On peut aussi poser r=aZρr=a_Z\rho dans l'équation de Schrödinger. Le Hamiltonien devient une constante d'énergie multipliée par le même opérateur sans dimension pour tous les ions hydrogénoïdes.

À la petite correction de masse réduite près, les distances sont divisées par ZZ et les énergies de liaison multipliées par Z2Z^2. Le fondamental de He+\mathrm{He}^+ a ainsi une énergie voisine de 54,4eV-54{,}4\,\mathrm{eV}. Cette dépendance en charge va servir de point de départ aux modèles approchés d'atomes à plusieurs électrons.

10. Les atomes à plusieurs électrons

Pour NN électrons autour d'un noyau supposé fixe, le Hamiltonien électronique non relativiste est

HN=i=1N(22meΔiZκri)+i<jκrirj.H_N=\sum_{i=1}^N\left(-\frac{\hbar^2}{2m_e}\Delta_i -\frac{Z\kappa}{r_i}\right) +\sum_{i<j}\frac{\kappa}{|\mathbf r_i-\mathbf r_j|}.

Le dernier terme est la répulsion entre électrons. C'est lui qui empêche de résoudre le problème comme NN copies indépendantes de l'hydrogène. La partie spatiale de l'état dépend déjà de 3N3N coordonnées. Une orbitale, qui dépend seulement de trois coordonnées, ne représente donc pas l'état complet de l'atome.

Une première approximation consiste à remplacer l'action des autres électrons par un potentiel moyen, que l'on suppose sphérique. On résout alors une équation à un électron

[22meΔ+Veff(r)]φnm=εnφnm.\left[-\frac{\hbar^2}{2m_e}\Delta+V_{\mathrm{eff}}(r)\right] \varphi_{n\ell m}=\varepsilon_{n\ell}\varphi_{n\ell m}.

La séparation angulaire subsiste et les lettres s,p,d,fs,p,d,f gardent leur sens. En revanche, le potentiel moyen n'est en général pas proportionnel à 1/r-1/r. Les énergies dépendent alors de \ell aussi bien que de nn. Dans ce modèle sphérique, elles restent indépendantes de mm.

10.1. Écran et pénétration

Les autres électrons repoussent l'électron étudié et réduisent l'attraction nette du noyau. On parle d'effet d'écran. Une orbitale qui possède une part importante de sa densité dans la région des électrons internes pénètre davantage cette région et y subit moins d'écran.

C'est ici que la comparaison entre les orbitales ss et pp devient utile. Pour les premières couches des atomes usuels, les orbitales ss pénètrent davantage vers le noyau que les orbitales pp de même nn. Elles sont en général plus liées. La dégénérescence entre 2s2s et 2p2p du modèle hydrogénoïde est levée. Cette discussion explique qualitativement une différence d'énergie. Elle ne donne pas encore sa valeur.

On simplifie parfois davantage en associant à l'orbitale étudiée une charge nucléaire effective

Zeff=Zσ,Z_{\mathrm{eff}}=Z-\sigma,

σ\sigma est une constante d'écran. Le potentiel est alors approché par Zeffκ/r-Z_{\mathrm{eff}}\kappa/r. Cette constante dépend de la configuration électronique et de l'orbitale choisie. Une seule valeur de ZeffZ_{\mathrm{eff}} pour tout l'atome laisserait subsister les dégénérescences coulombiennes et ne pourrait pas décrire la séparation des sous-couches.

11. Les règles de remplissage

Les orbitales donnent les états spatiaux disponibles. Pour construire une configuration électronique, il faut encore savoir combien d'électrons placer dans chacune d'elles et dans quel ordre remplir les sous-couches.

Remarque 2 (Règle d'occupation admise)
Une orbitale spatiale peut accueillir au plus deux électrons, associés aux deux valeurs ms=+1/2m_s=+1/2 et ms=1/2m_s=-1/2, soit des projections du spin +/2+\hbar/2 et /2-\hbar/2 sur un axe choisi. On les représente par deux flèches opposées. Nous admettons cette conséquence du principe de Pauli. Son origine sera étudiée avec les systèmes de particules identiques.

Le facteur deux ne vient donc pas de l'équation spatiale de l'hydrogène. En combinant cette règle avec les 2+12\ell+1 orbitales d'une sous-couche, on obtient ses capacités :

Sous-coucheOrbitalesÉlectrons au maximum
ss1122
pp3366
dd551010
ff771414

Une couche de nombre nn peut ainsi contenir au plus 2n22n^2 électrons. Cela ne donne pas la longueur de toutes les périodes du tableau périodique, car des sous-couches de valeurs différentes de nn peuvent s'intercaler en énergie.

11.1. La règle de Klechkowski

Pour construire une configuration fondamentale usuelle, on commence par les sous-couches les plus favorables en énergie. Leur ordre est souvent résumé par la règle suivante.

Remarque 3 (Règle de Klechkowski, empirique)
On remplit les sous-couches par valeurs croissantes de n+n+\ell. En cas d'égalité, on commence par celle de plus petit nn.

On obtient ainsi l'ordre usuel

1s, 2s, 2p, 3s, 3p, 4s, 3d, 4p, 5s, 4d, 5p,6s, 4f, 5d, 6p, 7s, 5f, 6d, 7p.\begin{gathered} 1s,\ 2s,\ 2p,\ 3s,\ 3p,\ 4s,\ 3d,\ 4p,\ 5s,\ 4d,\ 5p,\\ 6s,\ 4f,\ 5d,\ 6p,\ 7s,\ 5f,\ 6d,\ 7p. \end{gathered}

Par exemple, 4s4s a n+=4n+\ell=4, tandis que 3d3d a n+=5n+\ell=5. La règle place donc 4s4s avant 3d3d. Les sous-couches 3d3d et 4p4p ont toutes deux n+=5n+\ell=5, donc 3d3d vient avant 4p4p.

Ce classement ne se déduit pas de En1/n2E_n\propto-1/n^2. Cette formule ne distingue même pas 2s2s de 2p2p. La règle de Klechkowski résume un ordre fréquent pour les configurations fondamentales des atomes. Elle ne constitue pas une formule universelle pour leurs énergies orbitalaires.

11.2. La première règle de Hund

Il reste un choix lorsqu'une sous-couche n'est que partiellement remplie. Dans la première règle de Hund, on occupe d'abord les orbitales dégénérées séparément, avec des projections de spin de même signe, avant de former des paires. Cette prescription correspond à favoriser le spin total maximal dans la sous-couche ouverte. Nous l'admettons ici. Sa justification demande de traiter l'interaction entre électrons avec la structure des états à plusieurs particules.

Pour le carbone, Z=6Z=6, on obtient la configuration 1s22s22p21s^2\,2s^2\,2p^2. L'exposant indique le nombre d'électrons dans la sous-couche. Les deux électrons 2p2p occupent deux orbitales distinctes. Pour l'oxygène, Z=8Z=8, la configuration est 1s22s22p41s^2\,2s^2\,2p^4 et une paire apparaît :

sous-couche 2pCO\begin{aligned} \begin{array}{c|ccc} & & \text{sous-couche }2p & \\[2pt] \mathrm C & \boxed{\uparrow\phantom{\downarrow}} & \boxed{\uparrow\phantom{\downarrow}} & \boxed{\phantom{\uparrow\downarrow}}\\[4pt] \mathrm O & \boxed{\uparrow\downarrow} & \boxed{\uparrow\phantom{\downarrow}} & \boxed{\uparrow\phantom{\downarrow}} \end{array} \end{aligned}

Les trois cases représentent trois orbitales d'une même sous-couche. Elles ne désignent pas trois directions imposées par le Hamiltonien. Sans champ extérieur, celui-ci ne privilégie aucune orientation, même si l'on peut préparer un état orienté.

11.3. Limites des règles de remplissage

On abrège les couches internes déjà remplies par le symbole du gaz noble correspondant. Ainsi [He]=1s2[\mathrm{He}]=1s^2, [Ne]=1s22s22p6[\mathrm{Ne}]=1s^2\,2s^2\,2p^6 et [Ar]=[Ne]3s23p6[\mathrm{Ar}]=[\mathrm{Ne}]\,3s^2\,3p^6.

AtomeZZConfiguration fondamentale usuelle
C\mathrm C66[He]2s22p2[\mathrm{He}]\,2s^2\,2p^2
N\mathrm N77[He]2s22p3[\mathrm{He}]\,2s^2\,2p^3
O\mathrm O88[He]2s22p4[\mathrm{He}]\,2s^2\,2p^4
Na\mathrm{Na}1111[Ne]3s1[\mathrm{Ne}]\,3s^1
Cl\mathrm{Cl}1717[Ne]3s23p5[\mathrm{Ne}]\,3s^2\,3p^5
Fe\mathrm{Fe}2626[Ar]3d64s2[\mathrm{Ar}]\,3d^6\,4s^2

Les exceptions à Klechkowski comptent. Le chrome a pour configuration fondamentale [Ar]3d54s1[\mathrm{Ar}]\,3d^5\,4s^1 et le cuivre [Ar]3d104s1[\mathrm{Ar}]\,3d^{10}\,4s^1, au lieu des occupations obtenues par application mécanique de la règle.1 Les énergies proches de 3d3d et 4s4s rendent le bilan sensible aux interactions entre électrons. Il faut comparer les énergies totales des configurations.

Note 1: Les configurations fondamentales sont tabulées dans les données spectroscopiques du NIST[1], notamment pour le chrome[2] et le cuivre[3].

L'ordre de remplissage n'est pas non plus un ordre d'ionisation à lire à l'envers. Le fer perd d'abord ses deux électrons 4s4s pour donner Fe2+\mathrm{Fe}^{2+} de configuration [Ar]3d6[\mathrm{Ar}]\,3d^6. Le potentiel moyen change avec les occupations et avec la charge de l'ion. Il faut éviter de considérer 4s4s et 3d3d comme deux cases d'énergies fixées une fois pour toutes.

Remarque 4 (Une configuration ne suffit pas à donner un niveau)
Une configuration indique des occupations dans un modèle d'orbitales. Plusieurs états de l'atome peuvent partager cette configuration et avoir des énergies différentes. Leurs moments cinétiques totaux et leurs couplages comptent aussi. Nous ne construirons pas ici les termes spectroscopiques. Les règles de remplissage donnent une première description du fondamental, pas le spectre complet de l'atome.

12. Les règles d'écran de Slater

Il reste à estimer la charge effective. Les règles de Slater attribuent une contribution d'écran à chaque autre électron, selon sa sous-couche.2 Nous utilisons ici les coefficients d'écran usuels. Ce sont des règles approchées, pas des constantes déduites de la résolution de l'hydrogène.

Note 2: J. C. Slater, Atomic Shielding Constants, Physical Review, 36, p. 57, 1930. Article original[4].

On écrit d'abord la configuration dans les groupes

(1s)(2s,2p)(3s,3p)(3d)(4s,4p)(4d)(4f)(5s,5p)\begin{gathered} (1s)\quad(2s,2p)\quad(3s,3p)\quad(3d)\\ (4s,4p)\quad(4d)\quad(4f)\quad(5s,5p)\quad\cdots \end{gathered}

Ce classement sert au calcul d'écran. Il est différent de l'ordre de remplissage. On choisit ensuite l'électron étudié et on additionne les contributions des autres. L'électron étudié ne compte jamais dans son propre écran.

Remarque 5 (Coefficients d'écran de Slater)
Pour un électron nsns ou npnp :
  • chaque autre électron du même groupe (ns,np)(ns,np) contribue pour 0,350{,}35, sauf dans 1s1s où l'autre électron contribue pour 0,300{,}30,
  • chaque électron de la couche n1n-1 contribue pour 0,850{,}85,
  • chaque électron des couches n2n-2 et inférieures contribue pour 11,
  • les électrons des groupes placés à droite contribuent pour 00.

Pour un électron ndnd ou nfnf :

  • chaque autre électron du même groupe contribue pour 0,350{,}35,
  • chaque électron d'un groupe situé à gauche contribue pour 11,
  • les électrons des groupes situés à droite contribuent pour 00.

La somme est σ\sigma, puis Zeff=ZσZ_{\mathrm{eff}}=Z-\sigma.

Le zéro attribué aux groupes de droite fait partie de l'approximation. Il ne signifie pas que leur interaction coulombienne a disparu du Hamiltonien exact. De même, regrouper nsns et npnp conduit ici à leur attribuer la même charge effective pour une configuration donnée. Cette version des règles ne décrit donc pas à elle seule leur séparation énergétique.

Exemple 1 (Un électron 2p du carbone)
Dans 1s22s22p21s^2\,2s^2\,2p^2, l'électron étudié possède trois autres électrons dans le groupe (2s,2p)(2s,2p) et deux dans la couche n1=1n-1=1. Donc σ=3×0,35+2×0,85=2,75,Zeff=62,75=3,25.\sigma=3\times0{,}35+2\times0{,}85=2{,}75, \qquad Z_{\mathrm{eff}}=6-2{,}75=3{,}25.

Le noyau porte six charges positives, mais l'attraction moyenne sur cet électron est représentée par une charge effective plus faible.

Exemple 2 (L'électron 3s du sodium)
La configuration est 1s22s22p63s11s^2\,2s^2\,2p^6\,3s^1. Il n'y a aucun autre électron dans le groupe (3s,3p)(3s,3p), huit dans la couche n1=2n-1=2 et deux dans la couche n2=1n-2=1. Ainsi σ=8×0,85+2=8,80,Zeff=118,80=2,20.\sigma=8\times0{,}85+2=8{,}80, \qquad Z_{\mathrm{eff}}=11-8{,}80=2{,}20.

Exemple 3 (Un électron 3d du fer)
Pour [Ar]3d64s2[\mathrm{Ar}]\,3d^6\,4s^2, les dix-huit électrons du cœur argon sont à gauche du groupe 3d3d. Les cinq autres électrons 3d3d comptent chacun pour 0,350{,}35 et les deux électrons 4s4s pour zéro dans cette prescription. On obtient σ=18+5×0,35=19,75,Zeff=2619,75=6,25.\sigma=18+5\times0{,}35=19{,}75, \qquad Z_{\mathrm{eff}}=26-19{,}75=6{,}25.

Les électrons 3s3s et 3p3p contribuent ici pour 11 chacun, bien qu'ils aient le même nombre principal n=3n=3 que l'électron étudié. Il faut donc utiliser les groupes, pas seulement comparer les valeurs de nn.

12.1. Applications de la charge effective

En remplaçant la charge nucléaire par ZeffZ_{\mathrm{eff}} dans un modèle hydrogénoïde à noyau fixe, on obtient une estimation élémentaire

aeff=a0Zeff,εnapprox=13,6eVZeff2n2,a0=2meκ.a_{\mathrm{eff}}=\frac{a_0}{Z_{\mathrm{eff}}}, \qquad \varepsilon_n^{\mathrm{approx}} =-13{,}6\,\mathrm{eV}\,\frac{Z_{\mathrm{eff}}^2}{n^2}, \qquad a_0=\frac{\hbar^2}{m_e\kappa}.

La longueur aeffa_{\mathrm{eff}} est celle qui entre dans les fonctions radiales. Elle n'est pas directement le rayon de toute orbitale, qui dépend aussi de nn et de \ell. Cette substitution hydrogénoïde est une approximation supplémentaire. Les orbitales de Slater plus élaborées peuvent aussi utiliser un nombre principal effectif. Nous n'introduisons pas ce raffinement ici.

Pour l'électron 3s3s du sodium, la formule donne

ε3sapprox=13,62,20232eV7,31eV.\varepsilon_{3s}^{\mathrm{approx}} =-13{,}6\,\frac{2{,}20^2}{3^2}\,\mathrm{eV} \simeq-7{,}31\,\mathrm{eV}.

L'énergie de première ionisation mesurée vaut environ 5,14eV5{,}14\,\mathrm{eV}.3 L'ordre de grandeur est utile, mais l'accord n'est pas quantitatif. Il ne faut surtout pas identifier automatiquement l'opposé d'une énergie orbitale approchée à l'énergie d'ionisation exacte.

Note 3: NIST, données atomiques du sodium[5].
Remarque 6 (L'ionisation compare deux énergies totales)
Si EN\mathcal E_N désigne l'énergie fondamentale totale de l'atome à NN électrons, pour un même noyau et avec l'électron libre au seuil d'énergie nulle, alors I1=EN1EN.I_1=\mathcal E_{N-1}-\mathcal E_N.

Après le départ d'un électron, les autres orbitales se réorganisent. Les interactions entre électrons contribuent aussi au bilan. Une somme naïve d'énergies orbitalaires ne donne donc pas en général l'énergie totale. Il faut préciser le modèle utilisé avant de calculer une ionisation ou une raie par différence d'énergies.

13. Le tableau périodique

Pour les éléments des blocs ss et pp, les électrons de la couche externe gouvernent une grande part des propriétés chimiques. Les configurations externes ns1ns^1, ns2np5ns^2np^5 et ns2np6ns^2np^6 se répètent respectivement chez les alcalins, les halogènes et les gaz nobles, avec le cas particulier 1s21s^2 de l'hélium. La répétition des occupations explique ainsi la répétition de grandes familles de comportements.

Dans une même période des blocs ss et pp, la charge nucléaire augmente et l'écran ne compense pas entièrement cette augmentation. La charge effective croît en général, les orbitales externes se contractent et l'ionisation tend à coûter davantage. En descendant une colonne, on occupe des couches de nombre principal plus grand, ce qui tend à augmenter la taille. Ces tendances ont des exceptions, notamment lorsqu'on change de sous-couche ou que l'on commence à apparier les électrons.

Les capacités 2,6,10,142,6,10,14 et les étiquettes s,p,d,fs,p,d,f sont ainsi reliées à la structure des états quantiques. Les capacités demandent en plus la règle d'occupation admise. L'ordre détaillé des configurations, les coefficients d'écran et les propriétés chimiques quantitatives demandent le problème à plusieurs électrons. L'hydrogène en fournit les premiers outils. Il ne suffit pas, à lui seul, à démontrer Klechkowski, Hund ou les coefficients de Slater.

14. Références